4 décembre 2018
Injustices!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Le pouvoir de l’argent et du nombre dérange. Souvent, il est néfaste. Surtout quand il permet à certains de refuser à d’autres ce qu’ils considèrent comme juste et raisonnable.

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C’est ce que vivent des maires, à la table de la MRC de Pierre-De Saurel. La dernière séance portant sur l’adoption du budget en fait foi.

Au cœur de la discorde, un ajout de 11 000$ au budget de quelque 14 M$, pour rémunérer des maires siégeant sur divers comités régionaux.

« Pas question de le faire », leur a dit le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin. Même son de cloche de Sylvain Dupuis, maire de Saint-Ours, qui, du même coup et sans explication publique, se désolidarise de tous ses collègues du monde rural.

Décidément, M. Péloquin oublie des choses. Il est vrai que les maires reçoivent une allocation de dépense équivalente à 50% de leur rémunération annuelle. Mais dès 2019, ils devront payer de l’impôt sur ce montant. Ce qui les affectera tous selon l’état de leurs revenus.

« Si vous trouvez que vous ne gagnez pas assez cher, augmentez-vous dans vos municipalités et laissez la MRC tranquille », a-t-il lancé, rejetant du revers de la main l’important principe de subsidiarité. Ces maires travaillent dans ces comités comme conseillers régionaux et non comme représentants de leur municipalité. Ils permettent d’accélérer le travail du conseil, l’éclairant sur les décisions à prendre, les politiques à établir, etc. Il serait injuste que seuls leurs propres citoyens payent cette facture.

D’autant que ces élus ne gagnent pas leur vie à faire de la politique municipale. Ils doivent travailler à leur compte ou pour un employeur et être compensés pour le temps qu’ils ne consacrent pas d’abord à leur travail.

Ceci étant dit, il serait intéressant de voir quelle réaction auraient le conseil sorelois et ses commettants si M. Péloquin leur demandait une hausse de rémunération pour son travail à la MRC, lui qui est déjà rémunéré par la taxation municipale pour accomplir ses tâches et qui reçoit des jetons de présence pour siéger au conseil d’administration du parc éolien, propriété de la MRC.

Pas qu’il ne le mérite pas, surtout que le principe de subsidiarité s’applique dans son cas!

Rappelons aussi que chaque municipalité contribue selon sa richesse foncière et sa population estimées chaque année par Québec. Le même effort est donc exigé de chacune. Le pourcentage de la facture ne fait qu’illustrer les disparités d’évaluation et d’habitants.

Refuser cette rémunération additionnelle, c’est aussi refuser de reconnaitre l’apport économique du secteur rural et la contribution de ses élus. D’autant que c’est souvent via la vie municipale que des citoyens s’intéressent à leur milieu et cherchent à s’y impliquer.

Rebuffer des élus qui réclament une compensation raisonnable à leur contribution régionale ne fait qu’insulter leurs citoyens, alimenter leur cynisme et leur désintérêt possible à la vie régionale appelée à se concerter pour se dynamiser.

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Ce même soir, M. Péloquin s’est aussi inscrit en faux contre une hausse de rémunération de 23 000$ qui auraient permis à plusieurs employés de la MRC – ils sont 20 – d’améliorer légèrement leurs conditions de travail et ainsi combler partiellement l’écart qui les sépare de celles versées dans d’autres MRC comparables.

Déjà, le recrutement d’employés compétents est difficile en ces temps de pénurie de main-d’œuvre. Il ne faudrait pas que les employés de Pierre-De Saurel soient attirés par des salaires plus alléchants ailleurs et ainsi priver la MRC de leur compétence et de leur connaissance de son territoire. Il y a là des économies de bout de chandelle qui ne peuvent qu’être néfastes.

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