22 août 2016
« Il y a tellement d’accidents que je pourrais me faire une main avec les doigts coupés » – François Nadeau
Par: Sarah-Eve Charland
Le Syndicat des Ouvriers du Fer et du Titane déplore un manque de rigueur concernant la sécurité des travailleurs. | TC Média - Pascal Cournoyer

Le Syndicat des Ouvriers du Fer et du Titane déplore un manque de rigueur concernant la sécurité des travailleurs. | TC Média - Pascal Cournoyer

Deux semaines après un accident de travail majeur survenu à l’un de ses employés, la direction de Rio Tinto Fer et Titane est éclaboussée par des allégations du Syndicat des Ouvriers du Fer et du Titane et par le rapport préliminaire de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST).

Le 2 août, un travailleur a été brûlé sur une bonne partie de son corps. L’accident est survenu alors que l’employé travaillait sur une nacelle afin de débloquer une conduite contenant un liquide chaud. Le travailleur était toujours hospitalisé, la semaine dernière.

Pour le président du Syndicat, François Nadeau, cette tragédie est le résultat d’un grand laxisme de l’employeur dans la sécurité des travailleurs.

« Il faut encadrer les jeunes, même si on est en effectif réduit. C’est le cas du travailleur brûlé. Il n’était pas habitué d’effectuer cette tâche et n’a pas été encadré. Il y a un grand manque d’information et de formations », déplore-t-il.

Ces propos sont appuyés par le rapport préliminaire de la CNESST publié le 4 août à la suite de l’accident. On y indique que les travailleurs ont manqué d’information avant d’effectuer cette tâche (voir le tableau).

« On leur a dit maintes fois qu’il manquait d’encadrement. Des fois, je me sens comme Bill Murray dans le film Le jour de la marmotte. Il y a tellement d’accidents que je pourrais me faire une main avec les doigts coupés », dénonce M. Nadeau.

Il croit que la direction n’a pas encadré suffisamment ses employés et, de ce fait, ne respecte pas ses obligations en vertu de la Loi sur la santé et sécurité en vigueur au Québec.

« On demande aux gestionnaires de faire leur travail, qu’ils fournissent des analyses de risques et qu’ils donnent des formations. C’est bien beau de montrer des pancartes et des vidéos. Il faut avant tout de l’encadrement », affirme-t-il.

Un employeur sensibilisé

L’entreprise se défend de mettre au sommet de ses priorités la santé et la sécurité des travailleurs. « Sans l’ombre d’un doute, la sécurité est notre première priorité. Nous ne faisons aucun compromis à ce niveau », assure la porte-parole de Rio Tinto Fer et Titane, Claudine Gagnon.

Elle a également réagi aux allégations sur le manque de formation. « Nous avons mis en place toute une série de processus pour faire en sorte que nos travailleurs soient formés, qu’ils évaluent leurs tâches avant de débuter leur quart de travail et qu’ils travaillent en tout temps en toute sécurité. Notre volonté est que nos gens retournent à la maison en toute intégrité auprès de leur famille et de leurs proches. »

Intégralité du rapport préliminaire du CNESST

« L’employeur n’utilise pas les méthodes et techniques visant à identifier, contrôler et éliminer les risques pouvant affecter la santé, la sécurité des travailleurs, en ce sens que les travailleurs chargés de faire l’analyse de risques d’une situation donnée en prévision des travaux de réparation, maintenance et/ou entretien, n’ont pas toute l’information nécessaire et/ou le portrait global pour l’identification des risques et dangers présents. Ce manque d’information expose les travailleurs à des situations pouvant occasionner des blessures. »

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