6 janvier 2017
« Il manque à Québec un ministère du gros bon sens » – Benoit Paul
Par: Louise Grégoire-Racicot
La famille Paul s’est dite déçue de la rencontre tenue le 21 décembre entre le ministère et des agriculteurs concernant les terres inondées en raison dans la baie Lavallière | Photo: TC Média - archives

La famille Paul s’est dite déçue de la rencontre tenue le 21 décembre entre le ministère et des agriculteurs concernant les terres inondées en raison dans la baie Lavallière | Photo: TC Média - archives

Une rencontre à huis clos tenue le 21 décembre, à l’Hôtel de la Rive, entre des représentants de trois ministères et 17 producteurs agricoles affectés par les débordements répétés de la baie Lavallière sur leur terre n’a pas donné les résultats escomptés par ces derniers.

Les producteurs en sont sortis déçus. Ils s’attendaient à ce que les ministères de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Faune déposent un programme de correction de la situation. Voire une compensation pour les pertes subies au fil des dix dernières années à cause de ce qu’ils considèrent les effets néfastes d’une digue installée pour favoriser le maintien des milieux humides de la baie Lavallière.

Ce qui ne fut pas le cas. « Ils n’ont proposé aucune solution », lance Georges Dutil, de Sainte-Anne-de-Sorel.

Leur étude et celle menée sur ce sujet par l’Union des producteurs agricoles (UPA) à laquelle ils appartiennent ne convergent pas, note-t-il.

« Le gouvernement a confié son étude à un ingénieur spécialisé en écoulement des eaux. L’UPA a déposé en mai dernier une étude menée auprès de 142 producteurs pointant les façons de faire pour améliorer leur rendement tout en pratiquant une agriculture durable. »

Cette digue empêche l’eau de ruissellement des pluies de couler vers le fleuve, dit-il. « L’eau coule dans les fossés qui se remplissent et débordent sur nos terres en culture, détruisant tout ce qui y est semé chaque printemps », note M. Dutil.

Une ferme de 11 générations en péril

« Ce n’est pas la crue printanière qui nous dérange, mais les inondations en juillet », rappelle Benoit Paul dont la famille cultive ses terres depuis plus de 300 ans et dont la ferme J.M. Paul et fils est toujours en péril en raison de ces inondations répétées.

« Ils se sont contentés de nous donner les résultats de leurs observations, sans nous en donner une copie et sans expliquer comment ils ont fait leurs relevés. On croit aussi qu’il y a des facteurs dont ils n’ont pas tenu compte. Il faudra donc que leur consultant et le nôtre se parlent plus que cela », estime M. Paul, dont le père estimait les pertes de la famille à 1 M$.

Rien n’est coulé dans le béton même si la solution paraît simple à identifier, dit-il.

« Il faut croire qu’il manque un ministère important au gouvernement. Celui du gros bon sens », complète M. Paul. Il assure toutefois que sa famille ne lâchera pas le morceau et prépare déjà la prochaine saison. « Si on lâchait, on ne pourrait plus rembarquer plus tard! »

Un rapport public dans les prochains jours

Le porte-parole du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Johan Dallaire-Boily, reconnait que les conclusions du rapport ont été partagées avec les producteurs agricoles concernés, après que le ministre en eut rencontré certains. Il sera mis en ligne sur le site du ministère dans les prochains jours, promet-il.

L’UPA et le député Rochon n’ont pas été invités

Cette rencontre convoquée à la dernière minute, après que le ministre de l’Agriculture Pierre Paradis eut payé une visite quelques jours à la famille Paul, était restreinte.

Même le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Richelieu-Yamaska, Sylvain Joyal, dit ne pas avoir été invité ni informé du contenu de la rencontre. Pas plus que la MRC de Pierre-De Saurel, déplore-t-il qui est responsable de l’entretien des cours d’eau aussi au centre de cette controverse entre ministères.

Le député Sylvain Rochon, qui suit de près ce dossier, n’avait pas été convoqué non plus. Il semblait toutefois croire que Québec déposerait une offre d’achat des lopins de terre inondés.

« Tous les producteurs ne sont pas touchés de la même façon. L’un le serait à 100% alors que la famille Paul le serait à 30%, les autres entre 2 et 5% de leur superficie cultivable », a-t-il décrit.

« Mon cheval de bataille est la cohabitation, dans une perspective de développement durable, tant des activités agricoles que du milieu naturel (marais). En tout, 482 hectares de terres sont affectés. Chose certaine, les producteurs agricoles n’ont pas l’impression que le ministre de l’agriculture, Pierre Paradis, travaille pour eux. »

Une impression que partage largement M. Joyal, qui dit avoir perdu toute confiance envers le ministre.

« J’ai moi-même assisté à une rencontre du ministre à la maison de la famille Paul. Il leur a promis des choses qu’il n’a jamais livrées. »

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