29 juin 2021
Gros Jean comme devant
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

L’usine de bogies d’Alstom à Sorel-Tracy fermera en décembre. La région frappe de nouveau un mur.

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Son besoin de renouer avec une certaine stabilité économique – dont elle a longuement été privée – est compromis. Ce qui fait remonter de mauvais souvenirs. Comme cet état de grâce régional perdu au fur et à mesure que les grands employeurs quittaient la région à la queue leu leu au milieu des années 80. Comme le douloureux accouchement et les efforts inachevés pour faire du développement durable son fer de lance de la relance.

Dans la grisaille, l’annonce, en 2012, d’un important contrat pour la fourniture de wagons au métro de Montréal et l’ouverture, à Sorel-Tracy, d’une usine d’Alstom pour fabriquer des bogies pour ces wagons, a réveillé l’espoir. Cela ne s’est pas fait seul. La Société des parcs industriels a construit sur mesure un bâtiment qu’elle a loué à Alstom pour abriter ses opérations. La Ville de Sorel-Tracy a cautionné 3,2 M$ des 5 M$ que cette érection exigeait. L’objectif : diversifier l’expertise des travailleurs.

On a cru l’avoir atteint quand, en février 2020, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CPDQ) est devenue le plus important actionnaire d’Alstom qui venait d’acheter Bombardier. Elle avait obtenu, assurait-elle, des engagements formels d’Alstom – dont l’expansion des activités pour les sites manufacturiers de La Pocatière et de Sorel-Tracy.

Puis le 9 mars 2021, le ministre Pierre Fitzgibbon annonçait un prêt de 56 M$ pour l’usine d’Alstom à La Pocatière. Présent, le vice-président responsable du matériel roulant pour Alstom Amériques assurait que cet investissement ne mettait aucunement en danger les activités de Sorel-Tracy.

Pas étonnant alors que les syndiqués d’Alstom et le maire de Sorel-Tracy soient en colère, amèrement déçus de ce revirement de situation. Preuve que le syndicat a toujours eu raison de réclamer de l’entreprise sa stratégie de développement du site sorelois.

D’où notre impression, comme la sienne, d’avoir été floué tant par la CPDQ, Québec et Alstom. Une double perte pour la région qui se retrouvera aussi avec un bâtiment de 55 000 pieds carrés aux locaux inhabités!

Inadmissible cette déclaration de la CPDQ atténuant cette fermeture en disant qu’Alstom a toujours un bilan positif à ses yeux, l’entreprise étant à la recherche de 140 travailleurs alors qu’elle en met 90 à pied à Sorel-Tracy. Les travailleurs sorelois n’y trouveront pas nécessairement leur compte!

Oui la Caisse dispose de fonds publics qu’elle peut administrer à sa guise, mais sa mission de contribuer au développement économique du Québec ne peut se faire en déshabillant une région pour en habiller une autre!

Inadmissible aussi le silence de Québec devant cette décision. Voilà qui devrait hautement troubler le député Émond, lui qui vit dans une région affectée par cette situation inconsistante.

Il urge d’autant qu’il réclame publiquement une correction pure et simple de la situation, lui qui avait déclaré que la transaction d’Alstom-Bombardier représentait une réelle opportunité de croissance pour la région, que la présence d’Alstom ici s’en trouverait renforcée, que la région s’en sortirait gagnante.

Il ne peut surtout pas se contenter de dire qu’il a une pensée particulière pour les employés qui traversent cette période d’incertitude ou de former un comité de crise pour trouver quoi faire. Il aurait mieux valu prévoir ce qui pouvait arriver et tenter de s’en prémunir.

La région devrait implanter un observatoire lui permettant de suivre de près ses entreprises, leurs projets et intentions, en n’oubliant pas que les multinationales n’ont aucun sentiment d’appartenance et de fidélité à son égard. Oui elle a tiré avantage de la présence d’Alstom. Alstom quitte. Elle doit refuser de se retrouver gros Jean comme devant.

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