17 avril 2018
Fort rentable
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Quand Walmart a annoncé la mise à pied des personnes handicapées, je me suis tout de suite inquiétée du sort réservé à ces travailleurs. Me sont venues à l’esprit des entrevues faites, au fil des ans, dans la région, avec des personnes ayant une maladie mentale ou physique et leurs employeurs.

En découlait toujours la même constatation: celle de rencontres vivifiantes où ils partageaient fierté, satisfaction, acceptation de l’autre dans sa différence.

J’ai aussi pensé à l’organisme Les Saveurs du marché dont la préoccupation est d’intégrer des personnes aux handicaps divers dans des milieux de travail qui les comprendront et leur procureront un travail convenant à leurs aptitudes.

Oui, l’organisme a dû fermer le restaurant-traiteur qu’il opérait rue Augusta, faute de rentabilité. Mais il a vite recruté des employeurs qui ont embauché la douzaine de personnes aux besoins spécifiques que cette fermeture a affectées.

Aujourd’hui, des organismes – dont Carrefour jeunesse emploi, la Colonie des Grèves, la Porte du Passant, l’Orienthèque – ainsi que des entreprises privées, font confiance à ces employés, bénéficiant ainsi de leur travail assidu.

Des employés handicapés se disent ainsi fiers de la confiance reçue, de leur présence dans un milieu de travail accueillant où leur handicap n’est plus simplement un obstacle à leur autonomie. Chose certaine, sans en effacer les difficultés, cela l’atténue.

Ce faisant, ces employeurs ne laissent pas ces personnes à elles-mêmes, dépendant uniquement de l’aide sociale. Ils leur donnent accès à une nouvelle vie adaptée, avec ses responsabilités, ses exigences et ses satisfactions.

En ce temps où les offres d’emploi excèdent largement les demandes, l’intégration de ces personnes handicapées – qui y cherchent plus qu’un salaire – ne peut qu’être socialement fort rentable pour tous.

Bien sûr, on est au Québec encore loin de la France qui impose, depuis 1987, aux entreprises de plus de 20 employés, d’embaucher au moins 6% de travailleurs handicapés. Celles qui ne respectent pas cette loi se voient imposer des pénalités qui financeront l’intégration socioprofessionnelle des personnes handicapées. Il urge que le Québec en arrive là. D’autant que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse réclame toujours que le secteur privé soit assujetti à la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics.

Il est certes réjouissant que des employeurs de la région aient compris que derrière un handicap – qu’íl soit apparent ou pas – se cache une personne aux qualités et talents diversifiés qui peut contribuer à la bonne marche quotidienne d’une entreprise, et ce, malgré les limites que sa condition physique ou mentale lui impose.

Il faut saluer aussi bien bas ces employeurs qui transgressent des tabous de normalité, osent s’approcher et constater qu’un handicap n’enlève en rien la qualité d’une personne, son désir de se réaliser, d’être autonome. Ils permettent aussi à tous d’apprivoiser les différences, d’abaisser leurs gardes et de vaincre le malaise souvent ressenti en présence des personnes handicapées.

De plus, il faut reconnaitre que ces employés, et ceux qui les accompagnent, contribuent aussi, à leur façon, à une meilleure qualité de vie du milieu par leur insistance à reconnaitre et témoigner quotidiennement des bienfaits pour tous de l’intégration.

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