14 mai 2019
Faire profiter le surplus
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Paradoxale cette célébration de l’entrepreneuriat régional au Gala du mérite économique en même temps que la publication d’une étude de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI) plaçant Sorel-Tracy au 114e rang sur 125 comme ville favorisant chez elle la naissance de nouvelles entreprises? Pas vraiment!

Car la situation s’inscrit dans l’histoire industrielle de Sorel-Tracy. Eux-mêmes entrepreneurs, les frères Simard ont, dans les années 50, non seulement développé leurs entreprises, mais attiré dans la région de grandes entreprises qui ont fait sa prospérité.

Pendant 20 ans, elles embauchaient largement, formant même sur le tas des gens de métier compétents. La plupart des travailleurs y voyaient des emplois de qualité, bien rémunérés et pérennes, aux conditions qu’ils négociaient collectivement avec fougue et détermination aux trois ou quatre ans.

Certains, qui n’aimaient pas l’atmosphère de travail à l’usine, ont choisi de fonder leur PME, dont plusieurs sont aujourd’hui florissantes.

Mais dans les années 80 tourmentées, de grandes entreprises ont fermé leurs portes à cause notamment d’une productivité parfois déficiente ou du succès mitigé de dirigeants locaux à convaincre leurs bailleurs de fonds de réinvestir ici des sommes importantes pour moderniser leurs installations, et ce, dans un contexte fort changeant de mondialisation de l’économie.

Des travailleurs ont perdu leur emploi, forcés de déménager pour travailler.

Sous le choc, la région a compris que ses gens n’avaient pas cette mentalité beauceronne où se lancer en affaires allait de soi. Elle a cherché à insuffler ce goût d’entreprendre avec ce qu’il comporte de satisfaction, mais aussi de risque, de défis et de travail. Elle s’est dotée d’organismes pour le faire : une corporation de développement économique transformée en CLD par la suite, par exemple.

Mais il a fallu un certain temps à ses élus pour inscrire à leurs responsabilités celles d’imaginer, planifier et financer en partie son avenir économique. Ils le font mieux maintenant, mais encore.

Chose certaine, ils ne doivent pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. Car la mono-industrialisation coûte trop cher quand le secteur est affecté par des marchés difficiles. Ils se doivent d’ouvrir des sentiers prometteurs et complémentaires, parfois traditionnels, parfois novateurs.

Le rôle des décideurs est de soutenir les efforts en ce sens, d’établir les contacts et les rencontres pour y arriver et d’obtenir l’appui inconditionnel des paliers supérieurs gouvernementaux pour les réaliser.

Sorel-Tracy, qui dispose d’un surplus financier de 3 M$ pour 2018, doit nécessairement y puiser des deniers additionnels pour donner un élan de plus à ce secteur.

Déjà, l’étude de la FCEI souligne que ses politiques satisfont les industriels et entrepreneurs. Mais elle doit aller plus loin.

Tout en maintenant sa dette à un niveau acceptable, elle se doit, pour assurer sa pérennité, de trouver des revenus additionnels qui allègeront le fardeau fiscal de ses résidents.

Elle ne saura le faire qu’en convainquant des gens de venir s’y établir en plus grand nombre et de nouvelles entreprises d’y créer des emplois attrayants pour des gens de tous les âges, particulièrement les plus jeunes.

Pour ce, elle doit constamment améliorer l’environnement qui est le sien (services et activités), si attrayants à certains égards mais à améliorer à d’autres. Elle doit maintenir ses taxes et tarifs à un niveau acceptable, avantageusement comparable à des villes de même catégorie, protégeant ainsi sinon augmentant, au profit de tous, l’évaluation et la valeur marchande de son parc immobilier.

Voilà la seule façon de sortir de la situation précaire qu’est la sienne attribuable à une décroissance de sa population jumelée au vieillissement de ses gens!

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