14 août 2018
Fâchant!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

La Ville de Sorel-Tracy refuse de rendre public le montant versé à son directeur général Mario Lazure congédié en mai dernier. Une décision discutable.

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Taire les éléments qui motivent une décision ne suscite chez les citoyens que présomptions et hypothèses souvent malheureuses sur les raisons qui l’ont engendrée. Ce qui ne sert personne.

Il est vrai qu’il n’est pas dans l’habitude des élus sorelois de commenter toute rémunération versée ou toute sanction imposée à un employé – avis, suspension temporaire ou congédiement.

Dans le cas d’employés syndiqués, la décision concernée se fait toujours en présence de représentants syndicaux. Ce qui assure une certaine transparence. Une diffusion, au besoin, de l’information.

Mais que les élus agissent de la même façon dans le cas du directeur général – son premier haut fonctionnaire depuis 17 ans – c’est une autre paire de manches.

Ils ont tu tant les raisons qui ont guidé leur choix que la compensation financière consentie. Le conseil a perdu confiance en lui a, dit le maire. Sans plus. Quel poste budgétaire sera affecté? Ce montant était-il prévu dans un contrat d’emploi de M. Lazure? Pour quelles raisons pouvait-on le résilier?

Et comment interpréter le refus de communiquer ces éléments au journal Les 2 Rives, sous prétexte qu’ils pourraient « nuire aux intérêts économiques de la Ville » ?

On doit supposer que M. Lazure n’a rien fait d’illégal ou de non éthique. Car le conseil l’aurait dénoncé à qui de droit. Reste l’évaluation que les élus ont fait de son comportement, son rendement au travail, la qualité de ses décisions et de sa présence, ses rapports avec les employés, avec les gouvernements supérieurs ou les citoyens. Une évaluation subjective, du moins sans critères expliqués.

Aujourd’hui, le conseil doit se mettre à la place des citoyens. Que doivent-ils comprendre de tout cela? Y voir un conflit de personnalité ou de loyauté? Des exigences exagérées ou raisonnables?

Refuser de révéler les éléments qui ont permis d’arrêter cette solution – sans conflit apparent ou poursuite légale – laisse planer des doutes sur la gestion que le conseil préconise et pratique.

Autre chose: les citoyens ne peuvent se satisfaire de la déclaration du maire à l’effet que le dossier a été géré « d’une façon responsable et serrée… en tenant compte qu’il puisait ce montant dans les fonds publics générés par les taxes citoyennes ». Ça ne suffit pas.

Sachant que le salaire annuel de M. Lazure s’élevait à 159 746 $, combien la Ville lui a-t-elle versé? Comment ce montant a-t-il été déterminé? Selon une politique salariale écrite ? Selon les demandes de M. Lazure ? En négociant? En s’informant de ce que d’autres municipalités ont versé dans les mêmes circonstances ?

La Ville semble avoir convenu avec M. Lazure d’être discrète à cet effet. Il est vrai qu’il n’y a qu’une mince ligne séparant les droits découlant de la Loi sur la protection des renseignements personnels de ceux assurés par la loi d’accès aux documents des organismes publics.

Mais cette dernière est claire: toute personne en autorité au sein d’un organisme voit son salaire acquérir un caractère public. Ce qui inclut aussi ses frais de déplacement, d’ indemnités de départ et de primes au mérite.

Il est tout à fait légitime que le citoyen-payeur sache ce qui guide les élus dans la gestion des finances publiques dont la rémunération des employés est un bon morceau. L’accès rapide à l’information est un gage de transparence. Il donne l’assurance d’une plus saine gestion.

Il est fâchant que les Sorelois doivent en appeler à une Commission indépendante pour s’assurer du bien-fondé d’une décision locale!

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