9 mars 2021
Expansion du Port de Montréal à Contrecœur : Ottawa donne son feu vert
Par: Jean-Philippe Morin

Les travaux pour l’expansion du Port de Montréal à Contrecœur pourront débuter cette année. Photo gracieuseté/Port de Montréal

Le gouvernement fédéral a finalement autorisé, le 1er mars, l’Administration portuaire de Montréal (APM) à aller de l’avant avec les travaux d’agrandissement du Port de Montréal à Contrecœur.

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Ce projet majeur a aussi reçu l’aval de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) le même jour.

« Après avoir examiné le rapport d’évaluation environnementale relatif au projet désigné que l’Agence a présenté et la mise en œuvre des mesures d’atténuation que je considère appropriées, j’ai déterminé que le projet désigné n’est pas susceptible d’entraîner [d’]effets environnementaux négatifs importants […] », peut-on lire dans le rapport du ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson.

Cette décision survient cinq ans après des consultations et analyses de l’AEIC et permet de franchir un jalon décisif vers l’obtention des permis. Les travaux pourraient débuter dès cet automne et se conclure en 2024. Environ 5000 emplois sont prévus pendant la phase de construction et 1000 lors de la phase d’exploitation pour ce projet qui équivaut entre 750 M$ et 950 M$. Déjà, le gouvernement fédéral a annoncé une aide de 300 M$ via la Banque d’investissement du Canada (BIC), alors que le gouvernement provincial fournira 55 M$ pour sa phase de démarrage.

Trois consortiums ont été retenus à la suite d’un appel de qualification pour l’expansion du port : Ancre Contrecœur (Dragados Canada et AECOM Consultants), CAP Contrecœur (Eurovia Québec Grands projets, Janin Atlas, Soletanche Bachy International, VINCI Infrastructure Canada, GHD Consultants, COWI North America et CH2M Hill Canada) et Kiewit-Pomerleau (Construction Kiewit, Pomerleau, CIMA+, Englobe, Hatch et Solmatech).

Protection des espèces

Selon le ministre, cette décision a fait suite à un « processus d’évaluation environnementale rigoureux et fondé sur des données scientifiques », si bien que les mesures d’atténuation proposées par l’APM suffiront.

L’APM devra toutefois respecter 330 conditions qui s’étaleront pour toute la durée de vie du projet. Parmi celles-ci, on retrouve la protection de la santé humaine, du poisson et son habitat, des oiseaux migrateurs, des milieux humides, de l’utilisation du territoire et des ressources par les Premières Nations, des patrimoines naturel et culturel et des espèces en péril.

Parmi ces espèces, on compte le chevalier cuivré, un poisson rare dont l’habitat se trouve dans le fleuve près du port, ainsi que la rainette faux-grillon de l’ouest, une petite grenouille également de plus en plus rare.

Ottawa a publié, le 19 février dernier, un arrêté ministériel dans la Gazette officielle du Canada afin de protéger l’habitat essentiel du chevalier cuivré. Quelques jours plus tard, le gouvernement a assuré que cet arrêté n’aurait pas d’impact sur ce projet puisqu’il s’était dit satisfait des mesures d’atténuation proposées par l’APM.

Ce qu’ils ont dit…

Martin Imbleau, président-directeur général de l’Administration portuaire de Montréal, en charge du projet : « Cette décision favorable ouvre la voie à la réalisation d’un nouveau terminal à conteneurs, une utilité publique essentielle au développement du Québec et du Canada. Les entreprises d’ici pourront ainsi profiter d’une infrastructure d’avenir aux retombées économiques considérables, tout en générant un impact minimal sur les écosystèmes humains, aquatiques et terrestres. »

Suzanne Dansereau, députée de Verchères : « Je suis tellement fière que le projet de terminal portuaire à Contrecœur reçoive (enfin) le feu vert, c’est un dossier sur lequel je travaille sans relâche, et ce, depuis le tout début de ma carrière en politique municipale. C’est la concrétisation d’un projet très attendu par le milieu, une belle nouvelle pour la région. Notre gouvernement s’assurera qu’il réponde aux recommandations afin d’en faire un projet exemplaire. Avec la pandémie qui touche le Québec, nous avons pu constater l’importance du secteur maritime qui permet à la population d’avoir accès à des biens de première importance. Il faut donc plus que jamais aller de l’avant! »

Maud Allaire, mairesse de Contrecœur : « C’est une bonne nouvelle pour l’avenir économique de la Ville de Contrecœur et pour l’ensemble de la Montérégie. Au cours des cinq dernières années, plusieurs experts et scientifiques ont contribué à l’élaboration des mesures de compensations et de mitigations. Je vous assure que la Ville de Contrecœur va continuer de travailler en collaboration avec les différents ministères fédéraux et le gouvernement du Québec afin de s’assurer du développement structuré du projet. »

L’honorable Omar Alghabra, ministre des Transports du Canada : « Le port de Montréal constitue une porte d’entrée clé vers l’Amérique du Nord et joue un rôle stratégique pour la croissance économique du Canada. Ce projet contribuera à la création de bons emplois pour les Canadiens, tout en respectant la réglementation environnementale en vigueur. »

L’honorable Jonathan Wilkinson, ministre de l’Environnement et du Changement climatique : « Grâce aux évaluations de projets fondées sur des données scientifiques solides et des consultations auprès des organisations autochtones et du public, nous sommes en mesure de protéger nos eaux et notre air, tout en soutenant nos collectivités. »

Me Alain Chevrier, président de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud : « Ce terminal à conteneurs est d’une importance capitale pour notre région et nous positionne en tant que plaque tournante de la chaine de logistique dans le Grand Montréal. […] Nous sommes rassurés par les solutions d’atténuation qu’entend mettre en place l’APM et qui sont en lien avec les préoccupations soulevées dans le cadre des audiences publiques et tout le processus de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. Nul doute que ce projet sera un modèle en matière de développement durable, tant sur les plans social, environnemental qu’économique. »

Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), sur Twitter :  « Cette décision est inacceptable. Nous prendrons tous les moyens légaux nécessaires pour faire respecter la Loi sur les espèces en péril. […] Le ministre de l’Environnement et Changement climatique Canada tourne le dos à ses responsabilités premières de fiduciaire de la protection des espèces en péril. […] Après avoir retardé pendant plus de huit ans la publication de l’arrêté ministériel activant les mesures de protection de l’habitat essentiel du chevalier cuivré, il est scandaleux de voir le gouvernement s’empresser d’autoriser le projet alors qu’il tient une consultation inutile sur ce même arrêté avant son entrée en vigueur. »

Alexandre Boulerice, député du NPD, sur Twitter : « C’est un affront à la biodiversité et à la sauvegarde d’une espèce menacée. Je me demande quelles compensations peuvent sauver une espèce. Sur l’environnement, les libéraux déçoivent encore. »

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