16 février 2021
Exemplaire!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

La MRC de Pierre-De Saurel possède de vastes paysages agricoles bucoliques à la réalité bien plus complexe qu’il ne le parait.

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Aux yeux des promeneurs, tout semble pousser sans histoire, sans efforts. Pourtant cette agriculture familiale habite ses producteurs à la journée longue, à titre de propriétaires dont le souci est d’assurer leur pain quotidien et la pérennité de l’entreprise.

L’agriculture occupe 90 % du territoire de la MRC. Comme tout entrepreneur, ses gens sont plutôt discrets. Ils sont quelque 400 à quotidiennement assumer le roulement de leur entreprise – seuls ou avec leur famille. Et ce, tout en étant à la merci de la température, des prix des marchés, des politiques nationales et internationales sur lesquels ils n’ont pas ou peu de prise.

Même si les gouvernements les soutiennent à l’occasion, l’agriculture repose beaucoup sur le capital de ceux qui s’y lancent. C’est d’autant vrai que le prix des terres a bondi dans la région également. Ce qui complique l’accès à la propriété de la relève, surtout quand ses parents ne sont pas eux-mêmes producteurs.

Pourtant l’avenir de ce secteur repose aussi sur sa diversification. Il se doit de renouer avec une agriculture plurielle comptant sur de petites, moyennes et grandes entreprises aux multiples productions. C’est déjà amorcé ici. Il faut applaudir l’initiative de plusieurs nouveaux-venus qui ont osé le faire. Ils ne font pas les choses comme les anciens, mais s’inscrivent plutôt dans la foulée de leur génération aux visées de conservation de l’environnement et de la biodiversité, de lutte contre les changements climatiques.

Ce faisant, ils implantent ici une agriculture novatrice, à dimension plus humaine, aux horaires aussi plus flexibles et propices à une vie familiale et sociale élargie. Leur terre n’est pas aussi grande qu’en culture traditionnelle. Ils y cultivent des produits de niche ou élèvent des espèces variées, renouvelant ainsi le concept de ferme familiale dans lequel certains ont grandi. Et l’intérêt des consommateurs – accentué par la pandémie – pour des produits locaux frais et de niche confirme le bien-fondé de leur démarche.

De fait le monde agricole régional connait bien ses forces, ses faiblesses, les opportunités ainsi que les contraintes de son développement qu’on souhaite durable. Il rencontre des contraintes d’exploitation variées : zone inondable, cours d’eau nombreux dont on veut protéger la qualité, règles de zonage, etc. La main-d’œuvre s’y fait plus rare. Mais de plus en plus de producteurs sont proactifs. Notamment en matière environnementale.

Car ils sont conscients qu’ils doivent réduire l’impact de leurs activités de production. Ils doivent donc réviser leurs pratiques, mais aussi les paradigmes sur lesquels elles reposent.

Longtemps, les producteurs ont accru leurs activités et revenus en augmentant leur production et leur cheptel. Puis ils en ont amélioré la productivité, conseillés par des agronomes et vétérinaires. Ils ont utilisé divers intrants et pratiques qui, à la longue, leur ont rapporté, mais ont eu des effets jugés néfastes par les biologistes sur l’environnement. Leur capital financier a crû, mais le capital naturel s’est détérioré.

Pas tous les producteurs l’admettent. Mais de plus en plus s’ouvrent à ce constat. Les avant-gardistes ont déjà revu leurs façons de faire. Il faut notamment applaudir les efforts de six producteurs de Sainte-Victoire-de-Sorel, de Saint-Robert et de Saint-Aimé qui initient actuellement différentes mesures d’agriculture durable pour réduire les odeurs, l’usage de pesticides, l’absorption des polluants dans l’air, les nutriments et sédiments dans les cours d’eau. Ce qui ne pourra qu’améliorer la qualité de vie de leurs milieux respectifs.

Voilà des efforts qui doivent interpeller leurs concitoyens à tenter d’en faire autant et ainsi contribuer à la qualité durable de vie de la région!

À lire aussi: notre cahier agricole publié dans l’édition du 9 février 2021

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