13 novembre 2018
Éviter l’âgisme
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Chantal Bernard, conjointe de Normand Gravel, happé mortellement par une voiture conduite par un septuagénaire, sur le traversier Sorel-Tracy–Saint-Ignace-de-Loyola où il travaillait, réclame une loi imposant aux conducteurs de plus de 70 ans un examen pratique de conduite automobile tous les deux ans. Une mesure inacceptable pour les gens de cette génération, dont je suis!

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Cette loi confinerait les ainés dans une classe à part. Comme s’ils présentaient plus de risques que les autres. Un stéréotype non fondé.

Des preuves? Les tarifs d’assurance automobile sont beaucoup moins dispendieux pour les aînés que pour les jeunes alors qu’ils sont établis selon les risques attribuables à chaque âge.

De plus, la Société d’Assurance automobile du Québec (SAAQ) constate que les conducteurs de 65 ans ou plus sont moins impliqués dans les accidents de la route. En 2016, ils représentaient 19% de tous les titulaires de permis, mais que 12% des conducteurs impliqués dans les accidents avec dommages corporels. De 2012 à 2016, chaque année, en moyenne, les 65 ans ou plus comptent pour 16% de ceux impliqués dans un accident mortel; 11% dans les accidents avec blessés graves et 11% dans un accident avec blessés légers. De quoi faire tomber certains préjugés.

Ainsi, imposer de tels examens aux deux ans aux 70 ans et plus ferait preuve d’âgisme. Sans compter tous les coûts que cela représenterait, d’autant que leur nombre est en croissance. En 2018, ils sont 20% (plus d’un million) de titulaires de permis au Québec.

Pourtant, dès que survient un grave accident de la route impliquant des ainés, des propositions comme celle de Mme Bernard ressurgissent. Comment donc permettre que la mort de son conjoint serve à quelque chose, comme elle le désire?

D’abord, les ainés réalisent bien qu’en vieillissant, leurs réflexes ralentissent. Leur sensibilité aux contrastes s’amenuise. Leur vision change. Ils doivent donc adapter leur conduite en conséquence. Et demander à leurs proches ce qu’ils remarquent à cet effet.

Mais souvent, précise la SAAQ, ce n’est pas l’âge d’un conducteur qui détermine sa capacité de conduire et sa performance, mais son état de santé. Ce pour quoi elle a énoncé des règles claires. Dès qu’une personne éprouve des ennuis de santé (diabète, pathologies cardiaques, etc.) ou de vision, peu importe son âge, elle doit en aviser la SAAQ dans les 30 jours qui suivent ce changement. Puis déposer sur demande un rapport médical. Après quoi la SAAQ renouvellera ou pas son permis, ou le restreindra.

De plus, systématiquement six mois avant leurs 75 et 80 ans, et aux deux ans par la suite, un rapport d’examen par un omnipraticien et un optométriste doit être remis à la SAAQ. En 2017, sur les 130 492 évaluations de personnes âgées de 75 ans et plus, seulement 1 143 permis ont été suspendus. Même pas 1%! Mais 5 220 personnes ont elles-mêmes renoncé à leur permis.

Cependant, sur son site, la SAAQ publie plusieurs brochures permettant d’auto-évaluer sa conduite. Mme Bernard devrait insister; on devrait trouver ces brochures partout : chez les médecins et optométristes, dans les garages et stations de service, aux centres de services et de loisir, dans les clubs sociaux et bibliothèques, etc. Les ainés devraient même en recevoir par la poste ou par courriel à leur anniversaire. Comme ils devraient pouvoir rafraichir gratuitement leurs connaissances du code de la route, qui se bonifie au fil des ans.

Une sensibilisation souhaitable qui pourrait éviter que l’on qualifie ces ainés au volant de « mononcle » ou de « pépère » parce qu’ils roulent moins vite. Plus prudemment!

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