28 janvier 2019
Et si j’étais plus que juste moi?
Par: Deux Rives

Jade Camirand est l'auteure de cette chronique écrite dans le cadre d'un de ses cours en cinquième secondaire.

Jade Camirand, une élève de cinquième secondaire de l’École secondaire Fernand-Lefebvre, est l’auteure de ce texte portant sur le trouble dissociatif de l’identité. Elle l’a rédigé dans le cadre d’un de ses cours.

Se préserver. Se préserver contre l’insoutenable douleur. S’effacer pour ne plus exister au « je », mais continuer d’exister au « nous »! Mécanisme de défense psychologique redouté par les plus grands spécialistes, le trouble dissociatif de l’identité (T.D.I.), ou plus communément appelé le trouble de personnalités multiples, a été longuement contesté par les plus grands psychologues et psychiatres de ce monde.

À la fois aussi terrifiant qu’intrigant, ce trouble est bel et bien réel. Il existe des personnes ayant plus d’une personnalité. Chacune d’entre elles sont appelées alters (signifie « autre » en latin) et elles peuvent avoir des caractéristiques complètement différentes les uns des autres. Leur diversité n’a aucune limite, leur façon de penser, leurs valeurs, leurs perceptions; ces différentes personnalités sont également toutes en opposition. À tour de rôle, les alters prennent possession du corps et ce changement soudain se fait souvent à la suite d’une situation stressante. Leurs différences résultent du fait que l’âge et le sexe des alters peuvent varier. Par exemple, un homme ayant réellement 40 ans peut posséder un alter de 10 ans comme il peut posséder un autre alter féminin de 84 ans, sans logique apparente! Il existe des alters sous deux formes distinctes, soit celle de possession ou celle de non-possession. La différence entre les deux se caractérise par le rôle que joue l’alter en question.

Il est toutefois extrêmement difficile de reconnaître une personne atteinte de ce trouble, même les spécialistes sont rarement instruits sur la matière. Parfois, ils confondent le T.D.I. avec la schizophrénie, car au premier coup d’œil, ces deux troubles peuvent sembler apparents. Mais détrompez-vous, c’est plutôt très différent. Un schizophrène subit des hallucinations sans cesse, il se retire peu à peu de la société, il tombe dans des délires quand on lui parle, il enchaîne des mouvements, des pensées et des paroles désagrégées. Les gens atteints de problèmes de personnalités multiples ne sont, quant à eux, pas autant égarés, ils n’hallucinent pas. Ce qui rend la dissociation difficile est le fait que les deux entendent des voix, mais les paroles qu’ils entendent sont bien différentes les unes des autres. Selon le cas du T.D.I., ils entendent la projection interne de leur(s) alter(s), ils ne s’imaginent pas d’autres personnes parler. De plus, les symptômes primaires de ces deux maladies ne sont pas les mêmes. Il est plutôt difficile de savoir si quelqu’un souffre de T.D.I. Les symptômes ne sont pas toujours évidents, en voici quelques-uns : un T.D.I. peut vivre des moments d’absence, des changements de discours instantanés, un changement de ton ou de voix, des difficultés à suivre le fil d’une conversation, des pertes importantes de mémoire. Tous ces symptômes occasionnent aux victimes énormément de souffrance, car en général, elles ne veulent pas s’avouer malades, alors elles cherchent continuellement des défaites.

L’origine de ce trouble n’est pas d’ordre génétique. De plus, cet état d’être n’apparaît pas du jour au lendemain. En général, les gens développent cette maladie durant leur enfance à la suite de traumatismes. Notamment, les jeunes ayant été abusés sexuellement sont susceptibles de développer une autre personnalité afin de se protéger. C’est un processus qu’on peut qualifier d’auto-défense durant les moments difficiles et les moments insoutenables. L’enfant en quête d’une solution miracle se créerait une autre personnalité pour se distancer de la cruauté qu’il a subie. Par la suite, cette personnalité se développe et s’incarne en eux.

Avant même la naissance de Jésus, certains croyaient au phénomène de la possession associée à la religion, aux démons, aux esprits, phénomène pour lequel on pratique l’exorcisme… Et si tout s’expliquait par cette maladie? Par un changement de personnalité soudain? Vous savez, ces films d’horreurs incroyables où on y voit une personne se transformer complètement, on voit cette personne non seulement changer de voix, mais aussi d’attitude, de principes et de valeurs. À ce moment précis, la seule solution envisageable est d’avoir recours à un prêtre qui procédera à un rituel appelé exorcisme visant à purifier l’âme possédée par un soi-disant diable. Cependant, si tout ceci était à un certain niveau de fiction? Si l’église avait essayé de trouver une solution à un problème beaucoup plus absurde que celui qui se présentait véritablement à eux. Pensez ne serait-ce qu’une seconde à cette hypothèse : si ces gens envahis par cette « entité spirituelle maléfique » n’étaient au final qu’une personne beaucoup plus vulnérable atteinte du trouble dissociatif de l’identité? Si justement, pendant l’évènement traumatisant et apeurant de l’exorcisme, une autre personnalité venait prendre la relève pour se distancer du choc? En effet, depuis leur jeunesse, les personnes atteintes du T.D.I. se dissocient des moments les plus désagréables afin de ne pas avoir à les subir. Il va donc de soi qu’à cet instant, ces sujets entament automatiquement un processus de multiplicité. Ce constat nous permet d’expliquer pourquoi le « diable » se battrait autant pour rester dans le corps et pour ne pas en sortir, celui-ci devenant le bouclier de la personne malade. Cette espèce de mise en scène psychologique permet à la victime de passer au travers des épreuves les plus pénibles.

Enfin, force est de constater que la douleur antérieurement vécue par les T.D.I. est plus forte que leur capacité mentale à détourner les insurmontables épreuves de n’importe quelle façon. Alors, ils se préservent, ils se préservent encore et encore contre l’insoutenable douleur…

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