17 août 2015
« Elles sont prises dans une spirale » – Lucie Hénault, Maison La Source
Par: Julie Lambert
Les organismes pour les victimes de violence conjugale espèrent que la mort de Cheryl Bau-Tremblay et de Samantha Higgins encouragera les femmes à prendre des actions avant qu'il ne soit trop tard. | Photo: TC Média - Julie Lambert

Les organismes pour les victimes de violence conjugale espèrent que la mort de Cheryl Bau-Tremblay et de Samantha Higgins encouragera les femmes à prendre des actions avant qu'il ne soit trop tard. | Photo: TC Média - Julie Lambert

La directrice de la Maison La Source de Sorel-Tracy, Lucie Hénault. | Photo: TC Média - Julie Lambert

La directrice de la Maison La Source de Sorel-Tracy, Lucie Hénault. | Photo: TC Média - Julie Lambert

Au cours des dernières semaines, deux jeunes femmes, Cheryl Bau-Tremblay et Samantha Higgins, sont décédées après avoir été victimes de violence conjugale. Les organismes locaux œuvrant auprès des victimes espèrent que ces drames familiaux les inciteront à aller chercher de l’aide avant qu’il ne soit trop tard.

La directrice générale de la maison La Source de Sorel-Tracy, Lucie Hénault, est toujours aussi ébranlée par le meurtre des deux femmes.

« On dénombre au moins trois cas de femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint au Québec depuis le printemps. Le meurtre ou le meurtre suivi d’un suicide est l’ultime acte de contrôle et de domination de la personne sur sa victime », explique-t-elle.

Selon la directrice, les cas de ce genre arrivent trop souvent, même à Sorel-Tracy. Au cours de ses 25 ans de carrière, Mme Hénault dénombre une dizaine de décès de victimes de violence conjugale dans la région.

Le plus récent cas est survenu en mai dernier, alors qu’un couple a été retrouvé sans vie sur la rue Napoléon-Laplante dans ce qui s’apparente à un meurtre suivi d’un suicide.

« Les victimes sont issues de milieux différents et sont de tous âges. La majorité sont des femmes. Elles sont prises dans une spirale et sont paralysées par la peur. C’est pourquoi elles restent auprès de leur conjoint », explique-t-elle.

La société n’aide pas non plus les personnes victimes de violence conjugale, pense-t-elle. Les proches invalident souvent les perceptions de la victime en diminuant la gravité des gestes ou en ne voulant pas s’en mêler.

« « Qu’est-ce que tu as fait pour qu’il te fasse ça? Tu le connaissais avant de te mettre avec lui! Il faut que tu penses aux enfants! Donne-lui une chance! Toi aussi, tu as un mauvais caractère! » sont plusieurs phrases entendues par celles qui réussissent à se confier à un de leur proche », souligne Mme Hénault.

Un cri du cœur

Une avocate, Sylvia Schirm, qui défend les victimes de violence conjugale, a lancé, le 11 août dernier, un cri du cœur à la suite du décès de Cheryl Bau-Tremblay et de Samantha Higgins pour inciter les femmes battues à quitter leurs conjoints.

« Il faut souvent le répéter, mais il ne faut pas croire qu’on arrivera à changer l’homme avec qui on est. Il ne faut pas attendre. Cheryl et Samantha ne pensaient sûrement pas que ça leur arriverait », a mentionné l’avocate.

Une déclaration qu’appuie Mme Hénault. Il faut avant tout, insiste-t-elle, que les victimes prennent conscience que ce n’est pas une gestion saine de leur relation de couple.

« Dans une chicane, il doit avoir un rapport d’égalité. Dans les cas de violence conjugale, il y a un rapport de domination. Après la diffusion de tels drames, il arrive que ces hommes disent à leurs conjointes : « regarde ce qui va t’arriver si tu me quittes ». On souhaite que les victimes viennent nous voir avant pour bien se préparer », conclut-elle.

« Il y a un moment où tu te dis, c’est lui ou moi » – une victime de violence conjugale

Pendant huit ans, Céline (nom fictif) a vécu un enfer auprès de son conjoint et père de ses trois enfants. Violence physique, mais surtout psychologique étaient son lot quotidien jusqu’au jour où elle a décidé d’en finir avant d’en arriver à des mesures drastiques.

@R:En 1989, Céline venait tout juste de perdre sa mère. Au début de la vingtaine, elle se sentait vulnérable et désemparée après cette terrible perte. Elle vivait chez sa sœur et c’est cette dernière qui lui a présenté le futur père de ses enfants.

« Il était manipulateur. Je n’avais plus souvent en contact avec ma famille puisque les appels téléphoniques étaient trop cher », mentionne-t-elle.

Selon elle, la violence conjugale est arrivée progressivement après le premier enfant. Si elle a commencé très rapidement par de la violence verbale, elle a aussi évolué en violence physique au cours des années.

« Il me traitait de folle pour des affaires stupides comme sur le fait que je n’aimais pas la pizza. Il me dénigrait sans cesse et j’ai fini par le croire, tellement que je suis allée consulter un psychiatre à qui j’ai dit que c’était parce que j’étais folle », confie l’ancienne victime.

Ce dernier a bien tenté de lui faire réaliser qu’elle était dans une relation malsaine, mais elle ne voulait pas l’entendre à ce moment-là, regrette Céline. De plus, elle avait peur de quitter son conjoint et de se retrouver seule avec trois enfants en bas âge.

« Ceux qui font subir ça à des femmes comme moi ont souvent peu d’estime d’eux-mêmes et doivent rabaisser les autres pour se remonter. J’étais rendue au point de lui dire qu’il était mieux de frapper pour me tuer sinon c’est moi qui le ferais. Si ça n’arrêtait pas, je pensais me suicider parce que ma vie était un véritable enfer », confie-t-elle.

Sa « tête de cochon » l’a sauvée, pense-t-elle, 17 ans après avoir pris la décision de partir sur un coup de tête. La remontée n’a toutefois pas été facile, avoue Céline, puisque les impacts de huit ans de vie de couple nocive lui ont demandé beaucoup de travail sur elle-même.

« Sept ans, c’est le nombre d’années que cela m’a pris pour me reconstruire et retrouver mon estime personnelle. Je suis très fière de moi, j’ai retrouvé la force de caractère que j’avais toujours eue, mais que j’avais délaissée », conclut-elle.

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