20 octobre 2015
« Elle m’a offert une deuxième date de naissance » – Maryse Gilbert
Par: Julie Lambert
Maryse Gilbert (à gauche) et Virginie Roy (à droite) sont désormais unies pour la vie. | Photo: TC Média - Pascal Cournoyer

Maryse Gilbert (à gauche) et Virginie Roy (à droite) sont désormais unies pour la vie. | Photo: TC Média - Pascal Cournoyer

Maryse Gilbert avait perdu tout espoir de vivre une vie normale après un diagnostic irréversible mettant en péril sa santé. Le soir de ses 43 ans, elle a croisé la route d’une pure inconnue dans un bar, Virginie Roy, qui lui a offert le plus beau cadeau pour elle : un de ses reins.

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En 2009, Maryse Gilbert a reçu le diagnostic d’une maladie rénale dégénérative. « Il n’y a rien qui faisait en sorte que je souffre d’une telle maladie. Les médecins m’ont dit que j’avais gagné au loto 6/49, que je n’avais pas été chanceuse », se souvient la femme aujourd’hui âgée de 44 ans.

Pendant plusieurs années, elle a fait des recherches pour trouver un donneur compatible en repoussant l’étape inévitable de l’hémodialyse. Le jour de sa fête, le 15 août 2014, le médecin lui a annoncé que son troisième donneur potentiel ne conviendrait pas. Déçue et amère, Mme Gilbert est sortie célébrer avec son conjoint et sa fille dans le but de se changer les idées.

Un ange tombé du ciel

C’est au cours de cette soirée qu’elle a rencontré son ange gardien Virginie Roy, une barmaid, par l’intermédiaire de ses collègues de travail. « Elle était souriante et pimpante. Je lui ai dit qu’elle était un véritable rayon de soleil après une si mauvaise nouvelle. Elle m’a demandé pourquoi et je lui ai dit que j’étais à la recherche d’un donneur », raconte-t-elle.

La barmaid lui a tout bonnement répondu : « je vais te donner mon rein moi! » La jeune maman de deux enfants âgés de trois et quatre ans a toujours voulu aider, de son propre aveu.

Trois jours plus tard, la femme, âgée alors de seulement 23 ans, communiquait avec Mme Gilbert pour lui demander ce qu’elle devait faire pour entamer le processus.

« Je suis arrivée de travailler dans la nuit et j’ai réveillé mon chum en lui disant que j’allais donner mon rein. Il a pensé que ça allait me passer, mais non », rigole-t-elle.

Un parcours parsemé d’embûches

Le processus a été très long, soulignent les deux femmes. Si les tests ont rapidement conclu qu’elles étaient compatibles, l’attente d’une date pour la chirurgie les a fait passer par une montagne russe d’émotions.

Des difficultés se sont présentées au cours des neuf mois d’attente. Virginie a perdu son emploi en raison de ses absences pour des tests médicaux et elle a dû mettre de côté ses études en attendant la greffe.

D’autres découragements sont survenus dans l’attente de l’opération, mais elles ont décidé de terminer cette épreuve ensemble. Entretemps, le rein de Mme Gilbert est passé de 19% à 9% de ses capacités.

« C’est dur émotionnellement. J’étais de plus en plus malade. Virginie était super positive, moi j’étais surtout réaliste. C’était une étrangère; pourquoi voudrait-elle se rendre jusqu’au bout? », souligne Mme Gilbert.

Opération avortée

Une date est enfin trouvée : le 18 septembre 2015. Les deux femmes voient enfin la lumière au bout du tunnel et se présentent à l’hôpital pour subir l’opération. Une analyse des médecins compromet toutefois l’opération après la découverte de ganglions cancérigènes dans un sein de Mme Gilbert, ce qui la disqualifiait pour la greffe.

La greffe est annulée même si après des vérifications, l’analyse s’avère non fondée. Le lendemain, elles décident d’aller se battre auprès de l’équipe médicale pour une nouvelle date, mais rapprochée cette fois-ci. Elles reçoivent un appel en revenant à la maison. Le 28 septembre, elles subissent l’opération sans rencontrer de complications.

Deux semaines plus tard, elles sont reconnaissantes de cette aventure qu’elles ont vécue ensemble. Un lien les unit désormais à jamais et elles prévoient même un voyage à Mont-Tremblant dans les prochaines semaines.

« Je n’ai jamais eu de doutes. Les gens me disaient :  » à quoi tu penses? Tu as deux enfants. » J’ai attendu toute ma vie pour trouver une façon de changer celle d’une autre personne. C’est valorisant, tu sauves la vie de quelqu’un. Toute cette aventure nous ramène les deux pieds sur terre », explique la jeune femme.

Pour Mme Gilbert, le cadeau que lui a offert cette inconnue maintenant indispensable dans sa vie doit sensibiliser les gens et montrer l’importance d’un tel geste sur la vie des personnes en attente d’une greffe.

« C’est mon ange gardien. Elle m’a donné une deuxième date de naissance. Maintenant, je la porte en moi. Cette rencontre ne m’a pas seulement permis d’avoir un nouveau rein, mais aussi une deuxième fille, une amie, une sœur », conclut la greffée.

Un donneur de rein sur dix est vivant

En 2014, 110 personnes étaient en attente d’un don de rein en Montérégie. Les donneurs vivants sont une denrée rare puisqu’ils doivent passer par un processus long et rigoureux.

Selon le coordonnateur des dons vivants de l’équipe médicale de l’hôpital Maisonneuve, Daétan Bourget, le don de rein d’une personne vivante est moins commun que d’un donneur décédé.

« Chez les francophones, 10% des donneurs sont des personnes vivantes. Elles doivent passer par plusieurs étapes avant de procéder à leur don. Il y a un bilan de santé où plusieurs tests sont menés d’une période d’environ six mois, mais aussi une période d’attente avant la chirurgie », explique-t-il.

Le personnel médical doit s’assurer de la comptabilité sanguine et des globules blancs afin que le rein puisse être transplanté. En plus de la compatibilité avec le receveur, le donneur doit également avoir plus de 18 ans et être en excellente santé, souligne M. Bourget.

« La personne peut penser être en bonne santé, mais nous pouvons découvrir parfois des maladies chroniques. Entre 10% et 25% des donneurs se rendent jusqu’au bout du processus, mentionne le coordonnateur. Parfois, ils abandonnent parce que c’est trop long, que les médecins ont trouvé quelque chose ou que le receveur a subi sa transplantation. »

Une transplantation ne se fait pas sans risques comme celui d’une hémorragie ou d’une infection, mais cette situation est plutôt rare, mentionne M. Bourget. Les receveurs autant que les donneurs sous-estiment aussi souvent la douleur lors de l’opération, pense-t-il, parce qu’elle est réalisée par laparoscopie.

Pour les receveurs, le risque de rejet demeure toute la vie. « Il est important que le patient fasse son suivi et qu’il prenne ses médicaments », soutient le professionnel. Habituellement, les bienfaits sur sa qualité de vie sont visibles surtout qu’il n’a plus besoin d’aller faire des hémodialyses. L’opération améliore sa forme physique et permet même un retour au travail.

Pour le donneur, rien ne devrait changer et son espérance de vie restera la même, mentionne le spécialiste, à moins que des problèmes de santé surviennent par la suite. « S’il développe du diabète ou de l’hypertension, par exemple, avoir un rein en moins peut lui faire développer une insuffisance rénale », conclut-il.

Don de reins en Montérégie
2014 2013
Personnes en attente 110 125
Personnes transplantées 46 53
Don de reins au Québec
Personnes en attente 712 782
Personnes transplantées 244 265
Statistiques de Transplant-Québec
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