16 avril 2019
Sa mère victime d'un accident de travail à Montréal
« Elle aimait tellement la vie » – Angélique Salvas, copropriétaire de GSR Construction Décontamination et fille de Linda Belley
Par: Jean-Philippe Morin

Angélique Salvas (à gauche) a raconté avec émotion la perte de sa mère Linda Belley (à droite). Photo gracieuseté

Martin Robichaud et Angélique Salvas, copropriétaires de GSR Construction Décontamination et respectivement gendre et fille de Linda Belley, décédée tragiquement le 8 avril. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

Linda Belley en action Photo gracieuseté

Les proches de la sexagénaire soreloise décédée lors d’un tragique accident sur un chantier de construction à Montréal le 8 avril témoignent qu’elle adorait son emploi et ne voulait rien savoir de bosser derrière un bureau.

« Ma mère aimait les gens, elle aimait tellement la vie. Elle aimait avoir du plaisir avec ses proches, sa famille. C’est un amour inconditionnel », a raconté au journal Angélique Salvas, la voix nouée dans l’émotion, trois jours après l’incident.

Mme Salvas, copropriétaire de la compagnie soreloise GSR Construction Décontamination avec son conjoint Martin Robichaud, avait embauché l’an dernier sa mère Linda Belley, 60 ans. Cette dernière a effectué une chute accidentelle d’une douzaine de mètres alors qu’elle se trouvait sur une plate-forme élévatrice près du boulevard Notre-Dame Est et de la rue Dickson.

Heureuse et épanouie

Mme Belley avait pris sa retraite d’un emploi de bureau dans un hôpital de la Rive-Sud récemment. Au printemps 2018, elle est entrée chez GSR Construction Décontamination, située dans le parc Ludger-Simard de Sorel-Tracy, à raison de deux jours par semaine. Elle aidait sa fille Angélique, qui a démarré l’entreprise il y a cinq ans, avec la paperasse administrative.

« Puis elle a décidé qu’elle voulait aller sur les chantiers, raconte son gendre Martin Robichaud. Elle a suivi ses cours pour avoir ses cartes, suivi les formations nécessaires, puis elle a commencé à travailler sur les chantiers à l’été 2018. Elle a vraiment attrapé la piqûre à ce moment. Il n’y avait plus moyen de l’enlever du chantier, elle voulait y travailler tout le temps. Pas question qu’elle retourne travailler dans un bureau. Tellement qu’elle est tombée à temps complet à ce moment. Ne lui demandez pas de passer le balai plutôt que soulever une charge, elle va se fâcher. Elle voulait faire la même job que les gars. »

Linda Belley venait à peine de se marier il y a six mois, après 25 ans de vie commune avec son compagnon Voltaire Juin. « Il n’y avait pas un aspect dans sa vie, actuellement, qu’elle n’était pas heureuse. Elle était épanouie. On passait nos fins de semaine au chalet. C’était, comme moi, une maniaque de chasse. La semaine, on travaillait ensemble sur les chantiers et la fin de semaine, on était dans une cache à la chasse. Ça fait 11 ans que je suis avec Angélique et je peux compter sur les doigts d’une main les jours que je n’ai pas vu Linda », s’attriste M. Robichaud.

Une maniaque de la sécurité

Selon Martin Robichaud, Linda Belley prenait la sécurité très au sérieux. Elle portait toujours son harnais de sécurité et chicanait même ses collègues travailleurs lorsqu’ils ne s’attachaient pas dans des petites « jobines ».Il est donc difficile pour lui d’expliquer les circonstances de l’accident, elle qui portait pourtant son harnais de sécurité sur la plate-forme élévatrice.

« Elle s’attachait tout le temps, mais cette fois, elle ne l’était pas. C’était une maniaque de sécurité, je n’aurais jamais pensé qu’il puisse lui arriver un accident. Ça lui arrivait même de garder son casque au break. Il va y avoir une enquête de la CNESST, mais c’est difficile à expliquer », confie M. Robichaud.

Jeudi dernier, avant de rencontrer le représentant du journal, le couple Robichaud-Salvas avait organisé une rencontre avec la douzaine d’employés de GSR Construction Décontamination. De l’aide psychologique leur était fournie.

« Elle aimait tellement ses collègues. Les gars qui travaillaient avec elle ont une moyenne d’âge de 30 ans environ, alors elle les appelait ses p’tits gars et elle disait souvent qu’elle les aimait. Tout le monde est sous le choc présentement. […] J’aimerais d’ailleurs remercier Ève Tremblay, de Tremson, qui a pris les choses en main lorsque j’étais inapte à gérer la situation », raconte Angélique Salvas.

Après l’accident, la CNESST a interdit l’utilisation des cinq plates-formes élévatrices à la compagnie à numéro 9355-2438 Québec inc., responsable du chantier. Cette dernière devait fournir une méthode d’utilisation sécuritaire afin que les plates-formes soient réutilisées, selon la porte-parole de la CNESST, Julie Robitaille. Quant au rapport d’enquête, il sera déposé d’ici quelques mois.

La famille accueillera parents et ami(e)s au salon S. Jacques & Fils, 75 Elisabeth Sorel-Tracy le samedi 27 avril à compter de 10 h. Les funérailles auront lieu le même jour, à 14 h, à l’église de Sainte-Anne-de-Sorel.

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