1 octobre 2020
Du trafic de cannabis grâce à un permis de production de Santé Canada
Par: Sébastien Lacroix
Un homme a fait pousser du cannabis légal sur la rue Bonin à Sorel-Tracy, mais l’a utilisé à des fins de trafic. Photothèque | Les 2 Rives ©

Un homme a fait pousser du cannabis légal sur la rue Bonin à Sorel-Tracy, mais l’a utilisé à des fins de trafic. Photothèque | Les 2 Rives ©

Un homme ayant fait pousser du pot légal à Sorel-Tracy grâce à un permis de Santé Canada en a profité pour réaliser du trafic de drogue, puis acheté une résidence « cash » en Estrie, a tranché un juge.

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Jonathan Ste-Marie-Therrien a été accusé de production de cannabis et de résine de cannabis, de possession de cannabis en vue d’en faire le trafic et de recel d’argent à la suite d’une importante perquisition survenue en avril 2018 dans une maison de Saint-Robert-Bellarmin, près de Lac-Mégantic.

Une propriété qu’il avait visiblement pu acquérir après avoir exploité une production de cannabis dans un logement de la rue Bonin, à Sorel-Tracy, où il avait obtenu un certificat de Santé Canada pour avoir accès à du cannabis à des fins médicales pour des problèmes de dépression et d’anxiété.

Le certificat délivré le 27 décembre 2017 l’autorisait à une consommation quotidienne de 20 grammes et à la possession de 150 g de marijuana séchée, à une production intérieure de 98 plants et une quantité de stockage de 4410 grammes de cannabis.

Quelques mois plus tard, le 15 septembre 2017, il avait acquis une propriété dans le 11e rang à Saint-Robert-Bellarmin. Une maison qu’il avait payée 42 000 $ comptant afin, dit-il, de faire de « l’horticulture pour nourrir tout le village en fruits et légumes ».

Jonathan Ste-Marie-Therrien a fait valoir qu’il avait pu acquérir la maison en accumulant des sommes provenant de versements mensuels de 500 $ à 1000 $ que lui remettait le conjoint de sa grand-mère qui est décédé il y a trois ans.

Ce qui n’a visiblement pas convaincu le juge Conrad Chapdelaine. « Comment l’accusé, un jeune homme qui a occupé, après ses études en agroalimentaire, des postes de journaliers dans des serres ou une pizzeria et qui, depuis près de quatre mois, au moment de l’achat de la propriété, est en chômage, a pu acheter une propriété pour un montant de 42 000 $ qu’il paie comptant? », souligne-t-il dans son analyse de la crédibilité de l’accusé.

De l’argent qu’il n’avait d’ailleurs pas déposé à la banque, tout comme les 38 000 $ qui ont été retrouvés par les policiers dans sa maison de Saint-Robert-Bellarmin. Un butin qui était réparti en 17 « palettes » de 2000 $ et une de 4000 $ dans des sacs sous vide cachés derrière une table de chevet.

« L’accusé dit craindre les banques. C’est généralement le cas lorsqu’on est engagé dans des activités illégales et qu’on est retrouvé en possession de telles sommes d’argent, disposées en tout point comme le font les trafiquants de drogue », tranche le juge.

« Le caractère sophistiqué des installations, la capacité de production, les filtres à charbon pour masquer les odeurs, l’emballage sous vide de quantité de cannabis très précise et les balances qui ont été retrouvées dans la maison, démontrent clairement l’activité commerciale, lucrative et illégale dans laquelle l’accusé était engagé », ajoute-t-il.

C’est pourquoi il a rejeté les explications de l’accusé tant sur l’achat de la propriété que sur les équipements qui étaient présents lors de la perquisition. « L’ensemble de ces constats rendent les explications de l’accusé (…) tout à fait invraisemblables et à la limite presque caricaturales », conclut le juge Chapdelaine.

Le juge s’est aussi dit étonné que l’accusé ait pu obtenir aussi facilement les autorisations de Santé Canada. Particulièrement les deux derniers renouvellements de certificat que l’accusé a reçus en 2018 et en 2019 à la suite des mises en accusation.

Il a pu se les procurer à la suite de l’opinion médicale de médecins qui ne résident pas au Québec. Une clinique située à Saint-Hyacinthe aurait, moyennant certains frais, aidé l’accusé et facilité l’obtention de tous ces permis.

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