30 mai 2018
Précurseurs dans le biologique
Deux fermes de la région tirent leur épingle du jeu
Par: Julie Lambert

Pascal Royer a complètement fait la transition de sa ferme vers le biologique en 2009. (Photo : Julie Lambert)

Richard Potvin a légué sa ferme dont la transition biologique est terminée à son neveu pour se consacrer à sa pépinière. (Photo : Julie Lambert)

Alors que plusieurs producteurs agricoles hésitent toujours à faire le saut dans le secteur biologique, d’autres ont été des précurseurs. La ferme J.A Paquin de Saint-Robert et les entreprises Everi à Saint-David font partie des premiers agriculteurs à s’être lancés il y a une dizaine d’années et ils récoltent maintenant les fruits de leurs efforts.

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La ferme céréalière J.A Paquin de Saint-Robert produit du maïs, du soya, du seigle, des pois et d’autres cultures en plus petit volume. L’entreprise est certifiée biologique depuis 2009. L’ancien conseiller agricole et propriétaire de la ferme, Pascal Royer, souligne qu’il était intéressé à faire la transition parce qu’il souhaitait utiliser des pratiques plus environnementales.

« On éduquait beaucoup les agriculteurs à réduire l’utilisation d’engrais, de pesticides et d’herbicides. Je trouvais que c’était un super défi d’essayer de le faire sans tous ces produits. J’avais aussi des considérations environnementales et économiques derrière mon choix. Dans le temps, le prix des grains était très bas. On voyait aussi comme une opportunité de reprendre et de relancer la ferme », souligne Pascal Royer.

Richard Potvin a fait la même transition il y a dix ans avec les entreprises Everi à Saint-David. Il a commencé tout d’abord avec un soya sans intra pour ensuite transformer l’ensemble de ses terres comptant une ferme de grandes cultures.

« Cela prend au moins trois ans, le temps que ton sol n’ait plus de traces de pesticides ou d’engrais. Nous nous étions mis 10 ans pour le faire, mais aujourd’hui, ça se fait plus rapidement. Il faut avoir des nerfs un peu plus solides parce que si tu as des fluctuations de rendement, c’est peut-être plus stressant, mais tu arrives par contre plus vite au port », soutient-il.

Peu d’élus

Selon Pascal Royer, le mouvement biologique est encore très marginal dans la région alors qu’ailleurs, des rangs entiers font la transition. « Tout s’apprend. Un bon cultivateur qui est observateur et minutieux, s’il va chercher de l’information en agriculture biologique, tout va super bien aller. Quelqu’un qui au contraire applique des recettes, ne se questionne pas beaucoup, va avoir plus de difficultés. Quand je parle à d’autres agriculteurs, ça leur fait bien peur parce qu’ils pensent que tout est différent, mais dans le fond, il n’y a pas autant de différence », assure Pascal Royer.

L’agriculteur Richard Potvin croit que le défi est peut-être plus grand puisqu’il y a moins de fermes, qu’elles sont plus grosses et que les investissements en équipement spécialisé peuvent freiner ceux qui seraient intéressés.

« On est très peu, mais il y a des gens dans l’agriculture conventionnelle qui se questionnent. Bien des gens se disent encore que ce n’est pas faisable et ils doutent jusqu’à tant qu’ils voient nos champs. C’est sûr qu’il y a un mouvement, mais il n’est pas vite », mentionne-t-il.

Un projet rempli de défis

La démarche de certification et le passage à la culture biologique ne se font toutefois pas sans rencontrer de nombreux défis, avouent les deux agriculteurs. Un des principaux est celui des investissements nécessaires pour faire la transition au début du processus.

« On avait beaucoup d’investissements à faire. C’est tout un processus qu’il faut planifier. Il y a une période transitoire qui est un peu plus difficile parce que tu n’as pas les techniques, tu n’as pas les revenus qui sont associés à la culture biologique, alors tes rendements baissent et tes revenus aussi. C’est un peu plus stressant », confie Pascal Royer.

« Il y a quelques fois qu’on s’est demandé si on continuait parce qu’on a connu des contreperformances, mais cela fait partie de l’agriculture. Il y a un certain niveau de résilience dans le domaine qui fait que même si le résultat n’est pas au rendez-vous, on garde le cap. Un moment donné, il y a peu de résultats sans effort », pense Richard Potvin.

Son confrère est du même avis. Il croit qu’il faut également mettre davantage d’efforts dans le suivi de ses champs et être davantage proactifs dans l’agriculture biologique parce qu’une erreur peut être plus dommageable.

« En agriculture biologique, on part toujours avec deux prises. Aussitôt que tu fais une erreur, cela paraît beaucoup plus qu’en agriculture conventionnelle parce que tu as des moyens de pallier certains manques. En agriculture biologique, il faut faire beaucoup plus attention à tous les principes de base de l’agriculture et les amener à un autre niveau », explique Pascal Royer.

En plus de diminuer leur impact sur l’environnement, les agriculteurs voient beaucoup d’avantages, dont le prix sur le marché qui est stable depuis quelques années et la demande de la clientèle qui est en croissance.

« Cela demande plus d’opérations culturales. On est plus longtemps dans le tracteur, mais on a une grande satisfaction à savoir qu’on a produit des grains sans intervention agrochimique. Quand tu arrives au bout et que tu te dis : j’ai sorti une récolte, le prix est avantageux et puis je n’ai pas eu à me mettre les mains dans rien de toxique, c’est très gratifiant », conclut M. Potvin.

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