19 mars 2019
Désobéissance civile
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Très étonnée de constater que les étudiants de la région n’aient pas emboité le pas spontanément à tous ces jeunes qui, à travers le monde, vendredi dernier, ont marché, pour inciter les gouvernements à mieux protéger le climat. Je croyais qu’ils avaient ce même souci.

J’ai toujours cru aussi que la marche de protestation fait quelque part partie de l’ADN de la région. Depuis plus de 40 ans que j’y habite, elle a été utilisée tant de fois par les syndiqués et les citoyens comme outil de revendication. Parfois, elles ont fait avancer des idées et des solutions, d’autres fois non. Mais toujours elles ont ponctué la vie régionale de temps forts et solidaires.

Vendredi dernier, des milliers de jeunes de 123 pays, ont réclamé que les dirigeants de leur pays fassent leurs devoirs et prennent les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement à +1,5 degrés Celsius par rapport à l’ère préindustrielle selon « La planète s’invite à l’Université ». Mieux que le +2 degrés Celsius prévu par l’Accord de Paris.

Ce fut désarmant pour moi, d’entendre à la télé, jeudi soir, leurs porte-parole affirmer qu’ils ont peur de l’avenir. Qu’ils ne veulent pas avoir d’enfants parce que l’environnement dans lequel ils grandiraient ne sera pas propice à leur santé. De quitter l’école chaque vendredi matin, se demandant à quoi servira l’éducation dispensée s’ils doivent vivre sous un climat qui menace constamment leur sécurité, leur santé.

Oui, voilà des propos qui interpellent: comment corriger le tir et assurer à nos enfants et petits-enfants la confiance en un meilleur avenir? Comment réussir la remise en question de nos choix personnels de consommation et de vie pour y arriver?

Oui, les baby boomers dont je suis ont toujours eu le souci de l’autre inculqué par leur éducation judéo-chrétienne. Ce souci de l’autre comme personne, dans son quotidien. La charité les guidait.

Avec les ans, ils ont développé le souci des autres sociétés. Je me rappelle ces marches de protestation anti-américaines auxquelles j’ai participé, d’abord pour réclamer la lutte à la ségrégation raciale, puis celle en faveur de la paix, pendant la guerre du Viêt-Nam. Mon souci de la promotion du nationalisme québécois et la défense de nos droits a suivi, comme plus tard, ceux des femmes.

Voilà des revendications qui étaient loin d’être égoïstes. Je n‘étais pas soucieuse de ma propre suite des choses, Mais je menais ces luttes par un profond souci de justice, d’équité, d’humanisme, Aujourd’hui, ce souci est aussi pour mes proches, mes concitoyens.

Oui, les marches ont fourni à tous ceux qui y ont participé- et je suis certaine que c’est encore le cas – une satisfaction du devoir accompli. L’assurance d’être membre à part entière de sa société. De se faire entendre. De contribuer à un enjeu plus grand que soi. De s’impliquer concrètement.

Aujourd’hui, les jeunes veulent prendre leur place, plus lucides que nous l’étions à cet âge, vivant dans un environnement tout à fait différent.

Bien sûr, leur grève déplait à certains qui n’y voient que paresse ou gaspillage de temps et d’énergie, d’irresponsabilité face à l’éducation. Moi j’y entends plutôt le besoin de jeunes d’agir comme partie prenante de la société dans laquelle ils veulent vivre. Ce faisant, ils cernent déjà ce qui va ou ne va pas dans ce monde qu’ils perçoivent. Ils s’affirment face à leurs parents et aux décideurs. Lucides, ils sont déjà en quête de solutions, ensemble, peu importe les conséquences immédiates que cela aura sur eux – reproches, retenues, notes affectées etc. Ils utilisent la désobéissance civile pour faire avancer leur cause. Un moyen qui a déjà réussi, non?

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