20 mai 2020
Des professionnels en soins lancent un cri du cœur
Par: Katy Desrosiers

Le président par intérim de la FIQ SPSME, Alexandre Bégin, souhaite que la démarche sensibilise les dirigeants à la réalité sur le terrain. Photo capture d’écran

L’agente syndicale Gabrielle Robillard s’est prêtée au jeu et a récité le témoignage d’un membre pour la vidéo. Photo capture d’écran

L’agent syndical Alexandre Bellemare a partagé le témoignage reçu d’un membre. Photo capture d’écran

Plusieurs professionnelles et professionnels en soins de la région ont lancé, avec la campagne « Ça va bien aller, mais en réalité », un cri du cœur afin de dénoncer la détresse qu’ils vivent en ces temps difficiles.

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Le Syndicat des professionnelles en soins de la Montérégie-Est, affilié à la Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ SPSME) a reçu une centaine de témoignages de ses membres. Une vidéo a été créée dans laquelle des agents syndicaux en lisent quelques-uns et une plateforme en ligne permet de les consulter.

Dans un courriel qu’il a fait parvenir au premier ministre, aux ministres de la Santé et des Services sociaux et des Ainés et des Proches aidants ainsi qu’aux députés et maires du territoire de la Montérégie-Est, le président par intérim de la FIQ SPSME, Alexandre Bégin, souligne que la mise en application des différents arrêtés ministériels a des conséquences sur la vie personnelle et professionnelle des « anges gardiens ».

La FIQ SPSME demande aux décideurs d’être judicieux dans la prolongation des arrêtés et de s’assurer de l’utilisation de différents outils par les employeurs pour éviter d’effriter l’équilibre du réseau de la santé qui, ajoute-t-il, est déjà très fragile.

Hausse de l’anxiété

Parmi les témoignages, plusieurs points reviennent comme la hausse du niveau de stress et d’anxiété, la perte de vacances prévues depuis longtemps et l’obligation de réaliser du temps plein.

Une infirmière auxiliaire, qui œuvre dans le réseau depuis trois ans, a perdu ses vacances d’avril alors que ses dernières remontaient à juin 2019. « Comment vais-je tenir jusqu’en septembre sans m’écrouler? », se questionne-t-elle.

« Je reçois plein d’informations différentes qui circulent concernant les amendes, les sanctions au refus, les congédiements, les arrêtés ministériels. Je ne comprends pas tout ce qui arrive et quels sont nos droits. J’ai choisi cette profession avec cœur, mais aujourd’hui, j’ai le goût de quitter.[…] », partage une infirmière assistante.

« Je suis au front directement aux soins des patients infectés. Chaque jour, j’ai peur de ce que je peux attraper. Chaque jour, je cours pour garder mon matériel pour me protéger. Je me sens comme à la guerre, mais sans arme. J’ai la peur au ventre. Chaque jour, les protocoles et trajectoires sont modifiés… C’est difficile de s’y retrouver », ajoute une inhalothérapeute.

Des membres soulignent aussi que de travailler à temps plein les empêche de réaliser leurs obligations familiales.

Limiter les impacts

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est (CISSSME) affirme mettre tout en œuvre pour limiter les impacts de l’arrêté, mais souligne qu’il est aussi dans ses responsabilités d’assurer la sécurité de la clientèle dans le contexte actuel.

L’organisation a fait appel au volontariat pour l’augmentation des disponibilités et pour les déplacements vers les zones chaudes, mais la méthode n’a pas permis de combler tous les besoins.

Le CISSSME rappelle que plus de 900 personnes ont été embauchées dans les dernières semaines pour venir en renfort.

Des rencontres avec les représentants syndicaux sont effectuées pour mettre en place des solutions. Des mesures devraient suivre pour permettre aux salariés de bénéficier de vacances cet été. Le calendrier des congés fériés sera maintenu.

L’organisation travaille aussi à planifier, sur une base volontaire, des horaires différents de ceux traditionnels pour permettre aux salariés d’avoir jusqu’à quatre jours de congés consécutifs par semaine, en réalisant, par exemple, des quarts de 12 heures par jour.

« La contribution de tous à la présente situation est grandement appréciée et il nous appert important dans la situation de garder les équipes mobilisées, car nos salariées sont notre plus grande richesse dans le réseau », statuait le CISSSME par courriel.

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