1 octobre 2020
Des motards ne pourront pas retrouver leurs couleurs
Par: Sébastien Lacroix
Une perquisition s’était tenue au repaire des Beast Crew, en juin 2016.
Photo Stéphane Grégoire

Une perquisition s’était tenue au repaire des Beast Crew, en juin 2016. Photo Stéphane Grégoire

Des vêtements, des bijoux et des objets à l’effigie des Hells Angels ainsi qu’à deux de leurs clubs supporteurs, les Beast Crew et les Red Devils, qui avaient été saisis par les policiers lors d’une perquisition menée dans une maison et un garage du rang Sainte-Thérèse, à Sorel-Tracy, ne seront pas remis en circulation.

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L’affaire remonte à juin 2016 quand les policiers avaient frappé le repaire des Beast Crew dans le cadre du projet « Néré ». Certains motards n’avaient pas été accusés, mais s’étaient quand même fait saisir leurs biens. C’est pourquoi ils tentaient de les récupérer.

Même s’ils n’ont pas été inculpés, une juge de la Cour Supérieure a maintenu l’ordonnance de confiscation en déclarant l’ensemble des biens saisis comme étant « teintés de criminalité ». D’autant plus que le port des « couleurs » et des « vestes » symbolise l’intimidation et est susceptible de « faciliter la commission d’une infraction criminelle ».

La juge Hélène Da Silvo confirmait ainsi une décision rendue en novembre 2018, par la Cour du Québec, à la suite d’une enquête baptisée « Néré » contre un réseau de trafic de stupéfiants qui opérait dans la région de Sorel-Tracy. Celle-ci avait débouché à six arrestations, trois mois plus tard.

Pas une simple passion pour la motocyclette

Les appelants tentaient de faire valoir que le juge de première instance, Denys Noël, avait erré en droit en concluant que les Hells Angels sont une organisation criminelle et qu’il s’était fié sur du ouï-dire lors du témoignage d’un agent déclaré expert en matière de clubs de motards « hors-la-loi ».

La juge n’a pas retenu la plainte soumise à l’effet que les parties n’ont pas pu s’expliquer sur la prétention que les Hells Angels soient « un regroupement partageant exclusivement une passion pour la motocyclette ».

Puisqu’il s’agit d’un fait notoire qui ne fait pas de débat que les Hells Angels soient une organisation criminelle qui s’adonne entre autres au trafic de stupéfiants et qui gère des territoires en recevant des redevances. Dans la banque de jurisprudence, on retrouve 2184 décisions dans lesquelles les tribunaux canadiens ont déclaré les Hells Angels comme une organisation criminelle.

Selon l’expert, à cette époque, les Hells Angels n’avaient aucun repaire du genre local fortifié avec caméras et clôtures, sauf celui de Sherbrooke. C’est pourquoi ils utilisaient les locaux des clubs supporteurs pour leur réunion. Les observations policières ont d’ailleurs confirmé la présence régulière des membres des Hells Angels dans les locaux du rang Sainte-Thérèse.

Une structure similaire pour les clubs supporteurs

Le juge a accepté l’opinion de l’expert lorsqu’il mentionne que les Hells Angels et les club-écoles Beast Crew et Red Devils ont une structure similaire et portent chacun des couleurs ou des patchs selon les mêmes paramètres.

Le club des Beast Crew de Richelieu s’affiche d’ailleurs comme étant supporteur des Hells Angels de Trois-Rivières. Leur support est même inscrit sur leur veste. Les Beast Crew seraient également parmi les principaux clubs supporteurs des Hells Angels qui s’élèveraient à près d’une cinquantaine.

Seuls les Red Devils surpassent les Beast Crew dans la hiérarchie des motards hors-la-loi. Ils seraient au même niveau que les Deimos Crew, les Dark Souls et les Devil Ghosts qui portent l’écusson « 1 % ». Ce qui signifie qu’il s’agit d’un motard en marge de la loi.

« Contrairement à la majorité des clubs, les Beast Crew participent directement aux randonnées des Hells Angels, aux partys privés, partagent le même repaire, font de la surveillance pour le club et servent de chauffeur pour les membres des Hells Angels », peut-on lire dans le jugement.

Rappelons que l’opération du 14 juin 2016 a mobilisé 75 policiers. Huit perquisitions, la plupart sur le rang Sainte-Thérèse, ont été effectuées. Environ 200 grammes de cocaïne, trois kilogrammes de marijuana, du haschisch, près de 30 000 $ en argent canadien, des armes à feu, 1400 cigarettes de contrebande, une arme prohibée, deux vestes de Beast Crew, six vestes des Hells Angels et du matériel servant au trafic de stupéfiants avaient été saisis.

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