11 février 2020
Des moments d’angoisse pour une enseignante du Cégep de Sorel-Tracy
Par: Sébastien Lacroix

Manon Trudel a pu sortir une cinquantaine de minutes sur le pont du bateau, le 9 février dernier. Photo gracieuseté

Une professeure du Cégep de Sorel-Tracy vit des moments très angoissants depuis quelques jours. Manon Trudel et son conjoint Julien Bergeron sont à bord du Diamond Princess, un bateau de croisière mis en quarantaine au quai de Yokohama, en raison du coronavirus.

Si elle ne présente toujours aucun symptôme, celle qui enseigne la santé et la sécurité au travail au Cégep de Sorel-Tracy craint d’être contaminée en demeurant sur le navire. Puisque celui-ci n’est pas conçu pour une mise en quarantaine, et ce, malgré l’arrivée d’une quarantaine de médecins à bord.

Très informée des possibilités de transmission, puisqu’elle donne le cours sur les risques biologiques, elle s’inquiète de la possibilité de contracter le coronavirus en restant dans sa chambre. Que ce soit en respirant l’air poussé par la ventilation, en se brossant les dents ou en se lavant les mains.

Dès le début de la quarantaine d’au moins 14 jours, à compter du 5 février, elle a aussi demandé des masques N95 ou P100. Puisque les masques chirurgicaux qui ont été distribués ne sont pas efficaces pour empêcher le virus de passer. Depuis samedi, elle a observé que le personnel du bateau porte désormais les masques adéquats, mais pas les passagers.

Confiné à une cabine sans hublot, ni balcon, le couple ne peut aller prendre l’air qu’une heure une fois à tous les trois jours. Manon Trudel a d’ailleurs fait une demande pour changer de chambre afin de pouvoir ouvrir une fenêtre pour l’aération, mais elle lui a été refusée. En plus de ne pouvoir respirer de l’air frais, le couple ne peut se fier qu’au téléviseur pour savoir si c’est le jour ou la nuit.

Les seuls contacts avec l’extérieur qu’ils peuvent avoir se font par le biais des réseaux sociaux. Ils communiquent notamment par Facebook avec Flavie Trudel, la sœur de Manon, qui a également été enseignante au Cégep de Sorel-Tracy durant les années 1980. « Elle me parle jour et nuit. Dès qu’elle pense à quelque chose », raconte-t-elle.

Celle-ci tente de les aider à sortir du bateau pour être mis en quarantaine dans un endroit approprié. Puisque jusqu’ici, seulement les personnes qui font de la fièvre sont envoyées dans un hôpital.

Elle a multiplié les démarches auprès des différentes instances politiques en contactant des députés, des ministres, et même le bureau du premier ministre Justin Trudeau. Elle a eu très peu de réponses, jusqu’à ce que les journalistes s’en mêlent pour presser les politiciens de questions.

« La députée de Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, lui a envoyé un message d’encouragement, mais sans plus, note Flavie Trudel. Le ministre [des Affaires étrangères] n’a pas l’air très informé, contrairement aux Américains. Il n’a aucune idée des Canadiens qui sont sur le bateau et il n’a rien fait pour les joindre. »

« Les hommes, les femmes et les enfants sur le Diamond Princess sont-ils des cobayes malgré eux, sans leur consentement? Assiste-t-on au sacrifice de centaines de personnes pour étudier le fonctionnement du nouveau virus en milieu contaminé et du même coup faire en sorte que les gens à terre soient protégés? », se questionne Flavie Trudel.

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