26 février 2019
Coopérative de Solidarité et de santé Shooner-Jauvin
Des maires de la région partent en croisade pour avoir plus de services de santé
Par: Julie Lambert

Les maires de Saint-David, Yamaska et Saint-Gérard-Majella, Michel Blanchard, Diane De Tonnancourt et Georges-Henri Parenteau, veulent plus de médecins pour leurs citoyens. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Les maires de Yamaska, Saint-Gérard-Majella et Saint-David se sont joints à plusieurs élus du Bas-Saint-François pour dénoncer le manque de médecins à la Coopérative (COOP) de Solidarité et de Santé Shooner-Jauvin de Pierreville. Ils ont entamé des démarches auprès de différentes instances afin d’améliorer les services offerts à leurs citoyens qui doivent parfois se déplacer très loin pour en obtenir.

Les trois Municipalités de la MRC de Pierre-De Saurel ont suivi le pas de Pierreville, Baie-du-Febvre, Saint-François-du-Lac, Saint-Elphège, St-Pie-de-Guire, Saint-Bonaventure et de la Communauté d’Odanak en adoptant une résolution en ce sens.

Dans celle-ci, ils dénoncent une iniquité dans les soins de santé de proximité dans la région du Bas-Saint-François et plus particulièrement le manque de médecins au sein de la COOP de Solidarité et de Santé Shooner-Jauvin et dans le Groupe de médecine familiale (GMF) de Saint-Léonard-d’Aston.

Selon le maire de Saint-Gérard-Majella, Georges-Henri Parenteau, cette problématique ne date pas d’hier. Alors qu’il siégeait sur le comité de relance de la COOP il y a plusieurs années, de nombreuses tentatives avaient été réalisées pour la rendre plus attrayante aux yeux des nouveaux médecins.

« Ça fait longtemps que la COOP a des problèmes de recrutement. Les médecins que nous voulions recruter à l’époque ne voulaient pas travailler dans la bâtisse. Plusieurs s’en vont à Nicolet et à Saint-Léonard-d’Aston. Nous avions rencontré des nouveaux médecins et plusieurs sont là-bas maintenant. Les jeunes médecins font un peu ce qu’ils veulent puisqu’ils sont très recherchés et veulent de beaux bureaux. Mon propre médecin est à Nicolet, ça commence à faire loin pour les gens de la région pour recevoir des services », soulève-t-il.

Plusieurs rénovations ont été effectuées, au cours des derniers mois, au centre médical situé au 10-A, rue Georges à Pierreville. Il y a désormais quatre nouveaux bureaux, une salle d’attente et une autre pour les prises de sang. Ces rénovations ont nécessité un investissement de 200 000 $, dont la moitié de cette somme a été acquittée par Desjardins (caisse de Nicolet) et la municipalité de Pierreville. Un montant a également été mis de côté pour faire l’acquisition d’équipements médicaux de dernier cri.

Service en péril

Le maire de Saint-David, Michel Blanchard, croit que le nouveau centre de santé de Nicolet nuit actuellement au recrutement des médecins à Pierreville. Malgré les récentes rénovations, le centre ne réussit pas à les garder longtemps, s’attriste le maire.

« On a un sérieux problème pour avoir des médecins. Ils ont bâti un nouveau centre dans une pharmacie à Nicolet et je ne sais pas de quelle manière, mais ils viennent chercher nos médecins. Les nouveaux médecins que nous sommes censés avoir nous disent en fin de compte qu’ils vont là-bas. Cela nous en arrivé deux ou trois fois dans les dernières années », mentionne-t-il.

« Le GMF de Nicolet, avec environ une population de 8 000 habitants, a 16 médecins alors que nous en avons un et demi dans le moment pour 7 000 habitants. Celui qui est sur le point de venir à Pierreville est fortement sollicité par Nicolet. C’est illogique », a dit la mairesse de Yamaska, Diane De Tonnancourt, lors de la séance de la MRC de Pierre-De Saurel le 13 février. La MRC a d’ailleurs adopté une résolution d’appui aux trois maires lors de la séance publique du 13 février.

Le maire de Saint-David déplore que la situation mette en péril l’accès aux soins de santé de citoyens des municipalités concernées qui se trouvent dans trois MRC, soit celles de Pierre-De Saurel, de Drummondville et de Nicolet.

« C’est un centre qui dessert énormément de monde. On se demande quoi faire et on veut essayer de sensibiliser les gens. C’est un sérieux problème. Cela met en danger les services de santé de notre région. On a actuellement un docteur malade et notre deuxième en a actuellement beaucoup sur les épaules. C’est important pour nous de garder nos services de proximité et on craint que la situation fasse en sorte qu’il ferme ses portes », insiste Michel Blanchard.

Les maires veulent planifier une rencontre éventuellement avec les citoyens pour leur faire part de la situation et les mobiliser à dénoncer la situation. Les Municipalités réalisent également des démarches auprès des députés de la région, du ministère de la Santé et des Services sociaux et des MRC afin de mettre fin à cette situation.

Le député de Richelieu, Jean-Bernard Émond, a réagi à la demande des maires en mentionnant que plusieurs mesures pourront aider les citoyens sans médecin de famille dans les prochains mois.

« Le manque d’accès à un médecin de famille est critique dans plusieurs régions du Québec, dont la nôtre. Notre ministre de la Santé et des Services sociaux, Mme McCann est actuellement à pied d’œuvre afin d’améliorer l’accès aux soins de santé de première ligne, notamment en élargissant l’autonomie et les champs de compétences des infirmières praticiennes spécialisées et en octroyant aux pharmaciens le pouvoir d’inoculer des vaccins. D’ailleurs, le Collège des médecins annonçait la semaine dernière qu’il était ouvert à permettre aux infirmières praticiennes spécialisées de prononcer certains diagnostics. Il s’agit donc d’un pas dans la bonne direction, puisqu’en déléguant davantage d’actes aux infirmières praticiennes spécialisées, les médecins pourront prendre en charge plus de patients. Bref, toutes ces mesures contribueront à résoudre ce problème dans notre région. L’accès aux soins de santé dans ma circonscription me préoccupe particulièrement et je suivrai ce dossier de près. J’assure mon soutien le plus complet aux maires de notre région. »

Trois départs en moins de cinq ans

La Coopérative de Santé et de solidarité Shooner-Jauvin de Pierreville enregistre depuis quelques années un grand mouvement de personnel médical. En cinq ans, trois médecins ont quitté la clinique médicale pour aller pratiquer ailleurs.

Selon les données recueillies auprès du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSMACQ), on compte actuellement deux médecins à la COOP ainsi qu’à l’occasion des travailleurs sociaux, des infirmières cliniciennes et un nutritionniste.

« Il y a des professionnels qui se rendent de temps en temps à la COOP pour soutenir les services offerts à la population. Ça vient comme cela augmenter l’attrait des cliniques », pense le responsable des communications du CIUSSSMACQ, Guillaume Cliche.

Depuis cinq ans, trois médecins ont quitté la COOP, selon les données de l’organisme. Deux médecins ont pratiqué pendant quatre ans avant de partir en 2015 et une autre a réalisé un an de service avant de quitter le centre médical en 2017.

Guillaume Cliche assure que démarches sont toujours réalisées au niveau du recrutement du personnel médical. Un nouveau médecin est d’ailleurs attendu dans les prochains mois à la COOP de Pierreville. D’après les données du CIUSSSMACQ, environ 92 % de la population serait prise en charge par un médecin de famille.

« Effectivement, il est vrai qu’il y a eu des départs à Pierreville dernièrement. C’est sûr que le recrutement continue au niveau médical. En ce moment, on attend un médecin qui devrait arriver en octobre et le centre fait partie aussi du GMF d’Aston qui vient d’en recruter également un. On s’occupe seulement du recrutement et l’organisation du bureau est de leur ressort, mais on essaie de travailler avec nos équipes médicales pour que les médecins restent le plus longtemps possible. On ne peut toutefois pas les obliger à rester, ce sont eux qui choisissent où ils vont pratiquer », conclut-il.

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