30 juin 2021
Découvrir la région à travers les yeux de jeunes issus de l’immigration
Par: Katy Desrosiers

(De gauche à droite) Alex Renato Perez Balasero, l’enseignante en francisation Josiane Allard, Javier Fernando Oscco Campomanes, la photographe NathB et Cliff Richard Mallqui Herrera. Photo Katy Desrosiers | Les 2 Rives ©

Chaque élève a sélectionné des photos significatives pour lui et a rédigé un texte pour expliquer son choix. Photo Katy Desrosiers | Les 2 Rives ©

Les cinq élèves ayant complété le projet « Une vie à nos yeux » : Javier, Cliff, Alex, Diego et Alexandra, accompagnés à l’avant de l’enseignante en francisation Josiane Allard. Photo NathB

Dans le cadre des cours en francisation de l’École secondaire Fernand-Lefebvre, des jeunes issus de l’immigration ont participé au projet de médiation interculturelle « Une vie à nos yeux ». Grâce à la photographie, ils ont pu faire découvrir leur parcours, entre autres grâce à un vernissage réalisé à leur école le 18 juin.

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Cinq des sept élèves du cours se sont rendus au bout du projet. Ils ont pris des clichés de ce qui a capté leur attention depuis leur arrivée et ont rédigé un texte expliquant le choix des photographies.

L’objectif était de mieux faire comprendre à la population ce bouleversement qu’est l’immigration dans la vie d’adolescents.

L’enseignante en francisation pour le Centre de services scolaires (CSS) de Sorel-Tracy, Josiane Allard, explique qu’en raison de la pandémie, elle a choisi un projet où chaque élève travaillait de son côté pour finalement faire une mise en commun à la fin.

« Ç’a été un défi comme c’était en ligne, mais ç’a permis d’explorer évidemment l’écriture, la compréhension et l’expression, parce qu’il fallait qu’ils me disent pourquoi ils avaient choisi ces photos. Ils ont été géniaux avec le temps qu’on avait. Ils ont persévéré et je suis vraiment fière du résultat », souligne l’enseignante.

La photographe Nathalie Bergeron, alias NathB, a réalisé des ateliers en ligne avec les jeunes pour les guider avec le volet photographie. Elle les a aussi incités à réfléchir au message qu’ils désiraient passer avec leurs clichés.

Elle croit aussi que le projet était tout indiqué pour aider les jeunes à découvrir leur nouvel environnement.

« Imaginez que vous êtes un ado et que vous déménagez de pays, vous changez de langue et que vous arrivez en pleine pandémie. Tu fais quoi pour découvrir? », demande la photographe.

Lors du vernissage, elle a félicité directement les jeunes.

« Vous avez su explorer votre région et votre nouvel environnement avec vos beaux yeux d’artistes, votre talent et beaucoup de patience. Vous avez été chercher dans vos mots. Vous avez fait part de vos émotions. […] Je vous félicite, vous êtes très impressionnants. Soyez fiers de votre talent parce que vous êtes aussi notre belle relève », leur a-t-elle dit.

Grâce à la collaboration de l’Imprimerie Sortrac, les photos ont été imprimées et se retrouveront exposées au parc Regard-sur-le-Fleuve cet été. Pour l’emplacement, Mme Allard a suivi les recommandations de Diego, un des élèves.

« Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu « quand on immigre, on traverse souvent un océan« . Je trouvais ça beau et je tenais que ce soit à cet endroit », souligne l’enseignante en francisation.

Se découvrir

Le projet a aussi permis aux élèves de se découvrir. « Ce projet, j’avais jamais imaginé faire ça. Il faut dire que je ne suis pas un bon photographe, je ne savais pas comment exprimer mes idées dans mes photos. Mais je pense que j’ai fait un beau travail. Grâce à ce projet, j’ai su plusieurs choses sur moi et ce que je fais ici. J’avais beaucoup d’émotions en faisant ce projet », explique Cliff, élève de quatrième secondaire, originaire du Pérou.

Ce que Javier, élève de troisième secondaire aussi originaire du Pérou, a préféré est la rédaction. Certaines photos, comme une avec sa valise et ses souliers, ont une signification marquante pour lui.

« La photo avec la valise, ça signifie par exemple que je voyage, mais avec ma famille et quand j’ai pris la photo de ma sœur, j’ai seulement pris la photo de ses chaussures parce qu’elle est née ici », explique-t-il.

« Le plus difficile, c’est d’écrire le texte », avoue Alex, élève de troisième secondaire, originaire du Pérou. Le jeune homme est dans la région depuis deux ans.

Les deux autres élèves ayant terminé le projet, Alexandra et Diego, n’étaient pas disponibles lors du vernissage.

Accueillir de la meilleure façon possible

Le projet de médiation interculturelle « Une vie à nos yeux », réalisé dans le cadre du cours de francisation à l’École secondaire Fernand-Lefebvre, a été une façon pour de nouveaux arrivants de découvrir la région. Le projet permet aussi de soulever la question de l’accueil et de l’intégration des immigrants.

La directrice adjointe en troisième et quatrième secondaire à l’École secondaire Fernand-Lefebvre, Sophie Vigneault, explique que le service de francisation est en progrès au Centre de services scolaire de Sorel-Tracy.

« Étant donné que dans la MRC [de Pierre-De Saurel] il y a peu de nouveaux arrivants et qu’ils sont éparpillés dans nos différentes écoles, on ne fait pas une classe d’accueil. Le service était éparpillé, mais à partir de cette année, on a un vrai programme de francisation. Ces élèves-là connaissent le début du programme. Tout n’est pas parfait, mais je crois que de plus en plus, on va arriver à faire un meilleur encadrement pour que les élèves se sentent bien et évoluent bien en français », note-t-elle.

La photographe NathB ajoute que le projet donne l’occasion de se questionner sur les gestes posés pour accueillir dignement les personnes immigrantes, dont les adolescents.

« Les parents font des merveilles avec ce qu’ils peuvent, mais qu’est-ce qu’on fait ici, nous, en tant que société, pour accueillir notre monde en pleine pandémie? […] Il faut qu’on puisse créer un service dans notre belle MRC pour répondre aux réalités des gens, pour les accueillir avec dignité et respect, en faisant tomber les barrières. On est tous l’étranger de quelqu’un », avance la photographe.

Elle nomme par exemple des cafés-rencontres, qui ont lieu entre autres au Saguenay–Lac-Saint-Jean, une région où elle travaille également.

L’enseignante en francisation, Josiane Allard, invite la population à oser aborder les nouveaux arrivants. Souvent, elle constate que les gens craignent que la personne immigrante ne comprenne pas quand on lui adresse la parole. Toutefois, elle explique qu’il s’agit à la personne qui est à l’aise dans son milieu d’aller vers celle qui l’est moins, puisque cette dernière n’a pas de repères.

Elle demande aussi aux Sorelois d’être indulgents lors de discussions. Souvent, les gens utilisent l’anglais avec les personnes immigrantes pour faciliter la discussion.

« Si j’avais une chose à dire aux citoyens, quand un immigrant a de la difficulté en français, continuez et écoutez-le », conclut-elle.

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