18 décembre 2015
De petit à gros joueur
Par: Julie Lambert
Un des propriétaires du Loup Rouge, Jan-Philippe Barbeau, a beaucoup d’espoir pour sa microbrasserie qui est en pleine expansion.

Un des propriétaires du Loup Rouge, Jan-Philippe Barbeau, a beaucoup d’espoir pour sa microbrasserie qui est en pleine expansion.

En moins de dix ans, la microbrasserie le Loup Rouge est passée d’un petit à un gros joueur dans le milieu brassicole. Avec des bières exportées partout en province et une nouvelle bière qui apparaitra sur les tablettes des dépanneurs sous peu, ses propriétaires comptent bien poursuivre sur cette lancée.

Les propriétaires Jan-Philippe Barbeau et Yves Bérard souhaitaient se concentrer sur la production et l’exportation de bières en 2014 lorsqu’ils ont décidé de fermer le bar et la cuisine. Ils comptent même tripler leur production dans les prochaines années.

Un choix judicieux et payant, souligne le brasseur Jan-Philippe Barbeau, qui depuis un an, livre des barils de bières de ses populaires Saison du Loup et Chenal aux Corbeaux dans différentes villes du Québec comme Montréal, Québec, Sherbrooke, Saguenay et Gatineau. Leur bière MacKroken Flower sera disponible en bouteille dans la plupart des dépanneurs de la province sous peu.

Les produits sont également disponibles dans sept commerces de Sorel-Tracy, dont le Café Saint-Thomas, le Cactus café, le Pub O’Callaghan et la brasserie Les Tire-Bouchons, mentionne M. Barbeau, qui se réjouit de recevoir l’appui des restaurateurs du coin.

« C’était beaucoup trop de travail de tout gérer. Nous voulions vendre davantage à l’extérieur et nous avions étudié plusieurs possibilités. Contrairement à d’autres comme le Trou du Diable où beaucoup d’investissements sont nécessaires pour maintenir autant la cuisine que la brasserie, nous trouvions plus intéressant de seulement brasser sur place. »

Une demande trop forte

Si son plan d’expansion devait se réaliser sur trois ans, le producteur a de la difficulté, en à peine deux ans, à répondre à la demande qui est de plus en plus forte.

En plus de ses bières, deux principales et sept autres à la demande, le Loup Rouge brasse également celles d’autres entreprises. Le milieu brassicole est en plein essor, affirme le producteur, surtout que les gens souhaitent découvrir des produits locaux.

« Cela a été beaucoup de travail de rendre nos équipements efficaces. Nous avons aussi réussi à nous démarquer avec deux produits tout en étant à l’affût de ce qui se boit parmi la clientèle. Les grosses microbrasseries réussissent à attirer une certaine clientèle, mais les gens commencent à acheter de plus en plus localement », affirme M. Barbeau.

Les propriétaires sont en train de réaliser un nouveau plan d’expansion pour augmenter leur production de 50 000 litres de bière à 125 000 litres. Ils seront ainsi capables de produire 2500 litres à la fois au lieu de 600 litres.

Ils sont maintenant à la recherche d’un local industriel pour accueillir plus d’équipements parce qu’ils manquent cruellement d’espace, explique le brasseur.

« On souhaite rester dans la région et on regarde les locaux disponibles. Si ça va bien, nous devrions terminer de conclure notre financement cet été et commencer à produire dès 2016. Ce que l’on souhaite, c’est continuer de faire de la bonne bière de qualité qui vient de Sorel », conclut l’artisan brasseur.

Quatre fois plus de microbrasseries au Québec

Frédéric Lacroix-Couture et Julie Lambert

Une vague brassicole déferle sur le Québec et elle ne semble pas vouloir encore s’essouffler. Le nombre de microbrasseries a connu un boom de 345% en une dizaine d’années, révèlent des données obtenues par TC Media.

Des Îles-de-la-Madeleine jusqu’en Outaouais en passant par la Côte-Nord, chaque région de la province compte au moins une microbrasserie. Seul le Nord-du-Québec est sans brasseur.

Dans la région, il n’y a que le Loup Rouge qui poursuit ses activités et qui songe à s’agrandir au cours des prochaines années. Une autre microbrasserie située à Contrecœur, la Brasserie Tchequébec, a fermé ses portes dans les derniers mois. Son nouveau propriétaire est actuellement en réflexion à savoir s’il poursuivra dans le même secteur.

En 2015, ils sont près de 140 producteurs à brasser leurs bières alors qu’ils étaient 31 en 2002. Presque chaque mois, une nouvelle microbrasserie apparaît dans le paysage.

« Pour les brasseries régionales, il y a encore de la place. Pour les personnes qui font des broues-pub (bar de microbrasserie) et qui s’installent en région, on pourrait monter encore avec une cinquantaine, une centaine de brasseries », avance le président de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ), Frédérick Tremblay.

Selon l’AMBQ, d’ici 2020, le nombre de microbrasseries pourrait atteindre 218 et leur part de marché dans le monde brassicole du Québec (vente sur les tablettes et dans les bars/restaurants) pourrait passer de 8% à 12% si l’industrie continue sur sa lancée.

Pour y parvenir, l’industrie a besoin d’un cadre réglementaire adéquat et d’une politique gouvernementale sur le développement du secteur brassicole, énumère M. Tremblay.

Acheter local

L’importance de l’achat local chez de plus en plus de consommateurs québécois peut aussi expliquer l’engouement pour les bières de microbrasserie, fait valoir Francine Rodier, professeure au département de marketing à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Si la bataille n’est pas facile sur les tablettes face aux grands brasseurs qui ont de gros moyens, les microbrasseries peuvent marquer des points chez les consommateurs en mettant de l’avant leur provenance québécoise, indique Mme Rodier. « Quand le microbrasseur réussit à s’identifier clairement, à mettre de l’avant sa connotation locale, je pense que c’est un avantage clair et net pour l’achat québécois. »

L’histoire du Loup Rouge
Décembre 2007: Le Loup Rouge, situé sur la rue du Roi, est formé sous forme de coopérative et de broue-pub.
Novembre 2010: Le Loup Rouge déménage sur la rue du Prince. Il compte un restaurant et offre des spectacles.
Décembre 2013: Les propriétaires ferment la cuisine et vont chercher un permis pour devenir une microbrasserie au lieu d’un artisan producteur.
L’industrie québécoise des microbrasseries en chiffres
Emplois en 2014: 3 886 dont 1 600 reliés à la restauration
Masse salariale: 112 000 000$
Volume de production en 2014: 485 000 hectolitres
Producteurs artisanaux (vente sur place seulement): 51
Producteurs industriels: 87
Source: L’AMBQ et Régie des alcools du Québec
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