9 juillet 2019
La Chine suspend ses importations de viandes canadiennes
Climat d’incertitude pour les éleveurs de porcs de la région
Par: Raphaëlle Ritchot

Seulement en Montérégie, on retrouve 840 éleveurs de porcs sur près de 530 fermes. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

L'éleveur Yves Villiard élève des porcs à contrat. Il est un des rares éleveurs qui est moins touché par le conflit entre le Canada et la Chine. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Les producteurs porcins de la région se sentent impuissants face au conflit commercial entre la Chine et le Canada qui affecte directement leurs revenus. La Chine a annoncé la suspension de ses importations de viandes canadiennes, dont le porc, le 25 juin dernier. Une décision qui pourrait être dommageable pour certains éleveurs de la région si elle perdure.

Le gouvernement chinois a justifié sa décision en affirmant avoir récemment découvert des traces de ractopamine dans une livraison de produits porcins canadiens. Or, le président des Éleveurs de porcs de la Montérégie, François Nadeau, assure que c’est un produit que les éleveurs canadiens n’utilisent plus, et ce, depuis près de 10 ans.

« La grosse inquiétude pour tous les producteurs de porc, c’est que si la Chine décide de ne plus faire affaire avec le Canada, est-ce que quelqu’un d’autre va prendre notre place là-bas? Du moment où un autre joueur prend notre place, est-ce que nous allons être en mesure de la reprendre? », se questionne M. Nadeau.

Les éleveurs de porcs au Québec exportent près de 70 % de leur production. Les exportations représentent donc 70 % de leurs revenus.

« C’est sûr que ça va affecter les prix du porc si le conflit dure. Pour le reste, les éleveurs sont des gens débrouillards qui ont toujours su faire face à la tempête. C’est surtout aux autorités qui nous représentent de se retrousser les manches pour obtenir le meilleur sort pour tous les gens de la production », a indiqué l’éleveur Pierre Benoit, de la Ferme Denis Benoit & Fils inc, située à Saint-Aimé.

De son côté, l’éleveur Louis R. Joyal, de Yamaska, croit qu’il est un peu tôt pour déterminer les impacts que le conflit aura.

« J’ai appris récemment que le transformateur avec qui je fais affaire a plus développé son marché au Japon qu’en Chine, alors c’est certain que c’est rassurant pour moi. Je ne connais pas tout sur le conflit, c’est un peu flou. Est-ce que d’autres marchés vont s’ouvrir? On n’en sait rien, on est dans l’incertitude », mentionne-t-il.

Toutefois, depuis la suspension des importations de viandes canadiennes de la Chine, le prix du porc a déjà descendu de 10 $ par 100 kilos.

Payer le prix d’un conflit diplomatique

C’est que les éleveurs n’ont pas de contrôle sur les relations diplomatiques entre le Canada et la Chine et encore moins sur celles entre les États-Unis et la Chine.

« Les producteurs québécois sont payés sous une référence de prix américain, explique le président des Éleveurs de porcs de la Montérégie. Donc, le prix du porc à la bourse de Chicago, c’est ça que le producteur québécois reçoit. Ils sont donc affectés autant par les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis que celles entre le Canada et la Chine. »

Ce dernier estime également que souvent, lors de tensions diplomatiques, ce sont les producteurs agricoles qui en paient le prix.

« L’agriculture est une fois de plus prise en otage », laisse tomber M. Nadeau, qui est également éleveur porcin.

Pas le cas de tous les éleveurs

Pour l’éleveur Yves Villiard, de Saint-Gérard-Majella, le conflit l’affecte moins.

« J’ai fait le choix de faire affaire avec une compagnie qui me paie un salaire, peu importe le prix du porc. C’est eux qui achètent et vendent les porcs. Moi, je les élève et je m’assure de remplir leurs conditions », explique-t-il.

Certains de ses collègues croient qu’il fait moins de revenus quand les prix du porc augmentent, mais il assure préférer la stabilité que lui offre ce genre de contrat.

Enjeux politiques

Le Bloc québécois souhaite la mise en place d’un programme de soutien au revenu pour les producteurs de viande touchés par la fermeture du marché chinois, comme l’a fait le gouvernement du Québec.

«Québec a réclamé un programme de soutien pour les producteurs touchés. Nous réitérons la demande du Québec et réclamons le même soutien pour nos éleveurs de porcs qu’ont obtenu ceux de l’Ouest avec le bœuf quand ils en ont eu besoin», a déclaré le porte-parole du parti en matière de Développement économique, Xavier Barsalou-Duval.

Il requiert d’Ottawa qu’il agisse et crée un programme adapté pour les exploitants touchés par la fermeture du marché chinois et notamment les producteurs de porc du Québec.

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