2 juillet 2021
Projet d’expansion du Port de Montréal à Contrecœur
Chevalier cuivré : l’APM se dit sensible aux préoccupations des biologistes
Par: Jean-Philippe Morin

Le site du Port de Montréal à Contrecœur pourra accueillir 1,15 million de conteneurs. Photo gracieuseté/APM

Paul Bird, vice-président du projet. Photo gracieuseté/APM

L’Administration portuaire de Montréal (APM) réitère que les mesures compensatoires prévues pour la portion de l’habitat du chevalier cuivré qui sera détruite pendant l’expansion du terminal de conteneurs de Contrecœur seront suffisantes pour préserver cette espèce en voie de disparition.

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L’équipe du projet d’expansion portuaire à Contrecœur tenait une rencontre d’information virtuelle, le 14 juin dernier, à laquelle une quarantaine de personnes ont participé. Plusieurs questions ont été posées en lien avec le projet, notamment en lien avec l’environnement. Le vice-président du projet, Paul Bird, a accepté de faire le point en entrevue avec Les 2 Rives.

M. Bird spécifie entre autres que le plan ne change pas, même avec l’arrêté ministériel publié le 26 mai dernier dans la Gazette du Canada interdisant toute destruction de l’habitat naturel du chevalier cuivré. Le projet consiste en la destruction de 0,9 hectare d’habitat naturel sur 30 000 hectares, soit 0,003 % de la superficie totale. L’APM compensait toutefois en créant deux hectares d’habitat naturel pour ce poisson en voie de disparition, soit plus du double de ce qui sera détruit.

« On a déposé des projets compensatoires qui ne changent pas notre modèle de présentation. L’arrêté ministériel fait en sorte qu’ils [le gouvernement du Canada] regardent s’il n’y a pas d’autres alternatives, mais pour le moment, on est sur le même plan proposé », explique le vice-président du projet.

Quatre biologistes ont pourtant sonné l’alarme, en mars dernier, en déposant un rapport de 13 pages dans lequel ils condamnaient les mesures proposées qu’ils jugeaient spéculatives. Ils s’appuient entre autres sur de la littérature scientifique pour affirmer que des mesures de compensation de l’habitat du poisson, appliquées au Canada, se traduisent en général en une perte nette de productivité d’habitat.

« On respecte ce que les biologistes affirment, répond M. Bird. Je ne suis pas biologiste, on va se fier à la science et aux experts dans le domaine. Pour l’instant, on continue avec le processus et on verra ce que [le gouvernement] va dire à propos de nos mesures et de ce qu’on a déposé. S’il y a des ajustements à faire, on les fera. Pour le moment, on n’a pas de signe comme quoi on a des ajustements à faire sur le projet. Je comprends que des expertises et des analyses additionnelles se font pour valider ce qu’on fait. Il y a du questionnement et c’est correct de se questionner. On est confiants qu’on va trouver des solutions qui vont répondre aux besoins des deux parties. »

L’APM assure qu’elle respectera les 355 conditions, en plus de la centaine de recommandations afin d’obtenir ses permis environnementaux. « On a toujours fait nos devoirs à l’APM. Ça fait plusieurs années qu’on travaille sur ce projet, on connaît bien les conditions, on les a énumérées, on a un bureau de gestion de projet avec une équipe d’environnement dédiée aux mesures compensatoires pour s’assurer qu’on suit la performance de celles-ci lorsqu’elles seront en place. C’est très serré, on met même plus d’efforts que nécessaire », ajoute Paul Bird.

Un projet essentiel

Une chose est certaine, clame le vice-président du projet, l’agrandissement du Port de Montréal est plus que nécessaire à Contrecœur. À terme, le site de Contrecœur pourra accueillir 1,15 million de conteneurs, alors qu’il y en a environ 1,6 million à Montréal.

« Il y a un enjeu de GES [gaz à effets de serre] là-dedans. Tout porte à croire que les volumes de marchandises importées et exportées par conteneurs vont continuer de croître à Montréal. Avec la reprise économique sur l’île, la congestion revient. Donc pour nous, l’atteinte de la capacité maximale à Montréal arrive à grands pas. Si on veut éviter de débarquer des conteneurs sur d’autres ports aux États-Unis et faire plus de kilométrage par camions et par train ensuite, il nous faut le projet de Contrecœur », insiste-t-il.

Un échéancier repoussé

La prochaine étape consistera en la clôture financière du projet d’ici les six à huit prochains mois. Une fois cette étape complétée, l’APM déposera son projet final à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) avec les modifications demandées s’il y a lieu. Ensuite, la demande officielle pour le dépôt des permis s’effectuera pour un début des travaux en 2022 sur la terre, puis en 2023 dans l’eau.

Au départ prévue pour 2024, la mise en service du terminal de conteneurs est maintenant prévue pour 2025. Selon Paul Bird, plusieurs raisons expliquent cette décision.

« Le processus environnemental a été un peu plus long que prévu. On a reçu le feu vert en février dernier du ministre [de l’Environnement, Jonathan] Wilkinson, on se prépare à l’appel d’offres avec les trois consortiums, il y a aussi le télétravail à cause de la COVID; bref, c’est un ensemble de facteurs. On a voulu se donner de la flexibilité », conclut-il.

Rappelons que le projet créera 5000 emplois lors de la phase de construction et 1000 lors de la période d’exploitation.

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