31 mars 2015
Changement d’époque
Par: Deux Rives

Récemment mon cousin, baby-boomer comme moi, se questionnait sur la capacité des jeunes à intégrer le monde du travail. Réflexions.

Ces jeunes qui entrent présentement sur le marché du travail, c’est la génération C, née entre 1984 et 1995. C’est la première génération totalement issue des technologies de l’information et d’internet. Ce faisant, son mode de pensée se développe dorénavant sous la forme d’un réseau complexe, flexible, multidimensionnel, universel et sans limites, à la fois horizontal, vertical et diagonal. Pour nos jeunes, le réseau tient lieu de référence (ex. : Google, Wikipédia), d’imaginaire collectif (ex. : Facebook, Instagram) et de lien hiérarchique (ex. : Ingénieur à Saurel, le patron à Paris et des collègues en Chine ou ailleurs, dans un environnement numérique en temps réel). Le raccourci des relations y est maintenant la norme, par téléphone intelligent interposé (ex. : Uber, Tinder, Airbnb). En ce sens, pour la génération C, l’autorité parentale ou patronale est dorénavant en compétition avec le réseau; de hiérarchique et formelle qu’elle était, celle-ci devient organique et informelle. Par exemple, l’autorité intellectuelle traditionnelle du professeur en classe sera de plus en plus confrontée aux écoles virtuelles en ligne, de toutes tendances.

Nés entre 1946 et 1965, les derniers Boomers arrivent actuellement à l’âge de la retraite. En usine ou au bureau, leur gouvernance s’effectue selon une hiérarchie de type militaire, fondamentalement verticale. Il y a le général qui dit au colonel qui dit au capitaine qui dit au lieutenant qui dit au sergent qui dit au soldat : « Tir ». Ce système de commandement c.-à-d. de gestion et de transfert de responsabilités, circulaire de haut en bas, est inscrit dans notre imaginaire collectif depuis des millénaires. C’est d’ailleurs l’un des fondements de la hiérarchie rigide de l’Église catholique, vieille de 2000 ans, dont nous sommes encore fortement imprégnés.

Nous sommes donc dans une extraordinaire période de transition intergénérationnelle, où l’organisation du travail tente de perpétuer des modes de gestion arrivés à la fin de leur vie utile. En parallèle, la génération C, instruite et allumée, ouvre ce millénaire avec des technologies et des schèmes de pensée qui n’existaient pas hier, sauf dans les laboratoires et les universités. De plus, la démographique minoritaire de nos jeunes induit une rareté qui les rend chaque jour plus puissants, notamment au niveau du choix d’un emploi, ici à Saurel ou dans l’univers. Là où nous avions uniquement le hockey comme loisir, ils ont l’embarras du choix. Là où nous avions la famille nucléaire comme unique mode de vie, ils ont la diversité que leur nature leur dicte pour s’épanouir. Là où…

Cher cousin, nos jeunes sont parfaitement capables d’intégrer le marché du travail de 2015. Outre le classique conflit des générations, ce qui est en cause, c’est que les baby-boomers et nos jeunes fonctionnent dorénavant sur la base de systèmes de valeurs en rupture quasi complète. Ce n’est pas un problème en soi, mais il faut en prendre acte et nous gouverner en conséquence.

On dit qu’il y a changement d’époque lorsque nos enfants ne savent pas comment vivaient leurs grands-parents. Qu’en pensez-vous?

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