12 juin 2018
Chaîne de vie
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit un éditorial hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

L’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACÉE) a demandé au Port de Montréal comment, lors de l’expansion du port de Contrecœur, il entend protéger la rainette faux-grillon et le chevalier cuivré. Une question déjà entendue auparavant!

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À lire à ce sujet: Le Port de Montréal a déposé une étude d’impact incomplète, selon des ministères

Une fois encore, la région doit penser à la fois son développement économique et la protection de son environnement. Pas qu’un développement doive primer sur l’autre. Les deux sont essentiels à sa survie.

La région ne peut oublier le fort prix payé en négligeant son environnement. Quand elle a perdu Tioxide, dans les années 80. L’usine de pigment renvoyait au fleuve des tonnes de rejets tout en assurant ses concitoyens du contraire. Forcée légalement de corriger son tir, elle a plutôt déménagé ses pénates aux États-Unis, où les lois étaient moins contraignantes en matière d’environnement. Plus de 300 emplois bien rémunérés sont disparus du même coup.

À cette époque, peu de gens reprochaient à Tioxide la pollution engendrée. On croyait qu’avec un tel volume d’eau et les courants observés, le fleuve pouvait absorber ces rejets. Pas question alors de perdre des emplois ou d’investir des millions pour protéger des poissons et des herbiers! Une phrase qu’on entend encore. Malheureusement.

Car l’état des connaissances a changé. On sait les effets des rejets au fleuve et la qualité nécessaire des habitats pour assurer la survie des espèces.

Oui, la région se soucie mieux de son environnement. Elle traite ses eaux usées domestiques – tout n’est pas toujours parfait, mais il y a progrès. Elle diminue encore les tonnes de déchets destinés à l’enfouissement. Des entreprises ont aussi investi pour assainir air et eau. Même si on a l’impression d’un certain laisser-aller à l’occasion, elles marquent des points.

En agriculture, bon nombre de producteurs et éleveurs cherchent à réduire les impacts négatifs des pesticides, engrais, insecticides et fumiers.

La Ville de Sorel-Tracy s’est pliée à ces exigences dans des projets (dragage du Richelieu, rampe de mise à l’eau spéciale sur le Richelieu). Elle a dû renoncer à prolonger une promenade du Regard-sur-le-fleuve à la marina. Tout cela pour respecter les besoins de certaines espèces.

Vrai, il n’est pas facile de changer de vieilles habitudes qui ont fait leurs preuves (efficacité, revenus, etc.). On doit aussi changer ses méthodes de production. Pour ce, il faut d’abord se voir comme responsable de la qualité de vie de la collectivité d’aujourd’hui et de celle de demain.

Le Port de Montréal se heurte aux mêmes réalités que les entreprises portuaires qui ont agrandi leurs installations – la présence d’espèces vivantes, souvent en voie de disparition, qu’il est essentiel de protéger pour ne pas entraver la biodiversité.

Heureusement qu’il y a des biologistes employés des gouvernements supérieurs pour rappeler à l’ordre les promoteurs de ces projets. Car, excités par la perspective de croissance, ils sont portés à négliger cet aspect de la vie animale et végétale essentielle à la survie des espèces, si discrètes ou petites soient-elles. Pour alimenter cette chaine de vie dans laquelle l’homme s’inscrit.

Le Port de Montréal est aussi porteur d’un développement économique que des citoyens souhaitent (emploi, croissance de la population, de la richesse foncière, etc.). Jaloux de leur environnement, ces derniers veulent en protéger la richesse et la diversité. Les mettre à l’abri des intempéries industrielles. Et ils ont raison.

Oui, l’administration du Port assure qu’elle tient compte de cette situation. Mais recenser et cartographier ces espèces sur son territoire est insuffisant. Elle n’a pas encore précisé comment elle compensera les effets de ses activités sur leur habitat.

Il est plus que temps qu’elle dépose les actions considérées et obtienne l’aval nécessaire à la réalisation de son projet. Cela rassurera les citoyens et démontrera le sérieux de son projet.

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