3 mars 2020
D’ingénieure à femme d’affaires
Camille Salvas de retour à ses premières amours
Par: Katy Desrosiers

Camille Salvas travaille pour un jour prendre la tête de la Fromagerie Polyethnique Le Bédouin, qui est en pleine expansion. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Camille Salvas suit depuis deux ans les traces de son père Jean-Pierre Salvas afin de reprendre un jour les rênes de la Fromagerie Polyethnique Le Bédouin. Cependant, cette ingénieure en génie biomédical n’avait pas comme plan de carrière de revenir au bercail à un si jeune âge.

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La jeune femme de 26 ans est diplômée de Polytechnique Montréal et a été gestionnaire de projet sur le chantier du CHUM à Montréal. Celle qui a toujours été attirée par les sciences trouvait important de faire quelques pas loin de l’entreprise familiale.

« J’ai grandi là-dedans. J’ai travaillé à la fromagerie quand j’étais étudiante au secondaire. […] Mais on dirait que c’était important pour moi de faire mon propre chemin, de ne pas être la fille de… et d’essayer de voir ce que j’aimais vraiment », explique Camille Salvas.

Jamais bien loin

Pendant tout son parcours à Montréal, la jeune femme demeurait au fait de tout ce qui se passait dans l’entreprise familiale. Elle accompagnait déjà son père dans des salons aux États-Unis.

Jusqu’au moment où, entre deux contrats, les journées se faisaient plus tranquilles au bureau et qu’elle a voulu changer d’emploi.

« À chaque offre, je me disais que tel emploi m’aiderait pour la journée où je retournerais à la fromagerie. C’est mon parrain de l’Ordre des ingénieurs qui m’a ouvert les yeux. Il m’a dit « pourquoi tu n’y vas pas tout de suite à la fromagerie? Pourquoi tu attends que ton père soit à la retraite? » », avoue-t-elle.

En janvier 2018, elle a fait la grande demande à son père. Jean-Pierre Salvas, un des propriétaires de l’entreprise, avait fermé cette porte puisqu’il ne croyait pas que sa fille souhaiterait reprendre le flambeau. Cependant, les autres propriétaires et lui, ainsi que les employés, sont très heureux de sa venue.

Depuis son arrivée, tout se passe très bien. « Jean-Pierre, c’est mon meilleur ami. On est vraiment chanceux pour ça. J’ai un mentor exceptionnel. Il me fait confiance, il me donne des responsabilités. […] J’apprends à vitesse grand V et son but est que je me bâtisse mon instinct d’entrepreneure, mon réseau à moi », précise la jeune femme d’affaires.

En effet, c’est maintenant elle qui négocie avec les clients et qui est impliquée dans l’octroi de contrats, comme celui de l’agrandissement de l’usine prévu sous peu. Elle suit aussi des formations afin de se familiariser encore plus avec l’entrepreneuriat et le monde de la fromagerie.

Comme son père n’est pas près de la retraite, elle aura l’opportunité de travailler avec lui encore quelques années.

Bien que son frère travaille aussi pour l’entreprise, il a toujours été clair que si quelqu’un devait prendre la relève de l’entreprise, ce serait elle.

« J’ai assez de drive depuis que je suis toute petite. Ce n’était pas une surprise. […] C’est vrai que normalement, c’est plus souvent de père en fils, mais nous, c’est la beauté de la chose », lance-t-elle.

Oser sortir de sa zone de confort

Camille Salvas a toujours été bien accueillie en tant que femme, autant en ingénierie qu’en entrepreneuriat.

« Ça paraît qu’on est en 2020 et qu’il y en a qui se sont battues pour se faire entendre. J’ai 26 ans, je ne prends rien pour acquis, mais je n’ai pas eu à mettre trop souvent mon poing sur la table pour me faire écouter parce que j’étais une fille, mentionne-t-elle. On voit de plus en plus de modèles féminins et je pense que ça encourage beaucoup à se dire « moi aussi je peux ». »

Le conseil qu’elle lance aux femmes est d’oser sortir de sa zone de confort, ne pas hésiter à aller chercher de l’aide et discuter avec des gens qui ont plus d’expérience. Elle soutient que la communauté d’affaires de la région l’a bien supportée et conseillée, malgré son jeune âge.

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