28 janvier 2020
Briser le silence
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Le fait que les Sorelois les dénoncent plus souvent pourrait expliquer la hausse du nombre de crimes contre la personne – 510 contre 460 dont une cinquantaine en matière d’agression sexuelle – enregistrée en 2018-2019 dans la région, fait valoir la Sûreté du Québec dans son rapport annuel.

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Pour qui n’a jamais subi d’agression sexuelle ou autre, il peut être difficile de comprendre le silence des victimes. Il aura fallu le mouvement #MeToo pour démontrer toute la gamme d’émotions par laquelle passent les victimes – peur, honte, culpabilité, déni, doute, sentiment d’être la seule personne à qui cela arrive, etc. Des émotions dont chacune à sa façon confinent les victimes au silence. Un silence qui les tue à petit feu.

Je peux l’affirmer pour avoir interviewé plusieurs garçons et filles qui ont été victimes d’agressions sexuelles. Murés dans leur silence, ils n’ont jamais reçu d’aide psychologique. Jamais par la suite, ils n’ont pu devenir des adultes épanouis, rongés qu’ils étaient par leurs démons, leur soif de vengeance, leur amertume, leur incapacité à faire face à la vie.

D’où l’importance de briser ce silence dévastateur. Pour renouer avec la vie. Pour retrouver une certaine estime de soi, une confiance en soi et dans les autres, ingrédients essentiels à la croissance. Et cela vaut tant pour les victimes de harcèlement, que de violence psychologique ou physique. Peu importe leur âge ou leur sexe, que cela se passe à la maison, au travail, sur Internet ou dans la rue.

Il est essentiel aussi que les témoins d’actes répréhensibles de tout acabit parlent de ce qu’ils voient ou entendent. Ils ne peuvent fermer les yeux en prétextant s’occuper de leurs affaires ou minimiser les faits rapportés. Vivre en sécurité dans une société égalitaire implique que tous en sont les gardiens!

Exigeons des membres du comité de sécurité publique de la MRC de Pierre-De Saurel qu’ils s’assurent que la police agisse en ce sens. Qu’ils sensibilisent aussi le milieu à en faire autant!

Les montagnes russes

On ne peut passer sous silence la Semaine de prévention du suicide qui s’amorce en février. Un moment idéal pour s’informer sur ce problème qui en est un aux multiples facettes, conjuguant de nombreux facteurs individuels ou environnementaux – problème de santé mentale, abus de substance, conflits interpersonnels, etc.

Il y a le suicide. Mais aussi les mots pour l’aborder. Il faut les apprivoiser, puis les utiliser à bon escient.

Cette semaine est tout indiquée pour partager avec ses proches à la maison, mais aussi d’en traiter à l’école et dans les milieux de travail. De se mettre à l’écoute active pour identifier ceux qui – dans cette société de performance qui prévaut avec ses exigences au travail ou dans le plan de réussite scolaire – sont soumis à des stress écrasants qu’ils doivent apprendre à gérer pour préserver leur équilibre. Et de les accompagner dans cette démarche.

Heureusement, le sujet est moins tabou qu’il n’a déjà été. Des médias en parlent. Des séries le mettent en scène. On en aborde certaines manifestations. Ce n’est plus, tout comme la maladie mentale, une maladie honteuse, même si souvent on ne le comprend guère. Car les mécanismes de l’esprit ne s’expliquent pas toujours aussi clairement que le fonctionnement du cœur ou des poumons!

Profitons donc de cette semaine pour s’approcher de la bête. Pour s’intéresser aux façons de composer avec elle. Surtout que personne n’est à l’abri de telles montagnes russes!

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