12 février 2019
Au jeu!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Quiconque connait un enseignant avec qui il peut échanger sur son quotidien à l’école a cessé depuis belle lurette d’envier ses conditions de travail. Car il sait pertinemment qu’elles sont bien loin de ce qu’elles paraissent.

Oui, voilà des travailleurs qui bénéficient de plus longues vacances que d’autres à l’été. Qui semblent avoir une semaine décente de travail… à laquelle il faut cependant ajouter les temps de préparation de classe et les corrections d’examens et de travaux. Sans compter les préoccupations continues que plusieurs élèves suscitent chez eux.

C’est un fait : tout le monde n’est pas fait pour enseigner. Ceux qui le sont ont en tête et à cœur le sort de leurs élèves. Que ceux-ci soient des jeunes sans passif évident ou en difficultés avec des comportements qui en découlent.

Aujourd’hui, l’enseignant est confronté à plus : les comportements agressifs des jeunes entre eux ou des élèves envers eux. Les enseignants ont donné l’alerte à cet effet dans la région, au cours des dernières semaines. Car règnent aussi ici des enfants rois, surprotégés, mal aimés ou blessés auxquels les parents n’ont pas su leur transmettre des notions adéquates de respect, de socialisation. Situation problématique!

Oui, la tâche d’enseignant est loin d’être de tout repos. Et lourde est leur responsabilité d’accompagner les jeunes dans leur cheminement scolaire essentiel à une société qui se veut moderne, ouverte et éclairée.

Car fréquenter l’école n’est pas qu’apprendre, se conformer à la loi ou se plier aux besoins des employeurs. L’éducation ne fait pas que transmettre des connaissances académiques. Elle permet aussi de se former comme être libre et socialisé. De devenir un adulte autonome, un parent plus adéquat et un citoyen plus responsable.

Les enseignants sont les vecteurs principaux de cette formation. Il faut qu’ils aient le temps et l’espace pour bien le faire.

Non seulement doivent-ils disposer de locaux et classes bien aménagés et entretenus, mais aussi d’outils qui soutiendront l’intérêt des jeunes. Ils sont à cet égard en compétition directe avec les nouvelles technologies que les jeunes fréquentent depuis leur tout jeune âge!

Pour avoir le temps suffisant, il importe de leur confier un nombre ajusté d’élèves qu’ils pourront suivre de près, en ayant à leur côté des personnels de soutien qui concentrent leur attention sur les élèves présentant des difficultés d’apprentissage ou de comportement. Une demande qu’ils portent aussi dans la région depuis un bon moment sans succès apparent!

Pourtant, leur assurer des conditions de travail qui faciliteront leur enseignement serait aussi reconnaître leur juste valeur et leur expertise autrement que lors de la seule « Semaine annuelle des enseignants et enseignantes » du début de février, où le ministère les applaudit!

Il faut enfin, en pleine pénurie d’emploi en enseignement, diminuer la précarité d’emploi qui démobilise les jeunes enseignants et ne permet pas aux élèves de créer plus de liens affectifs significatifs avec des adultes autres que leurs parents. Ces liens si essentiels à leur motivation d’apprendre, à leur croissance psychologique. Qui ne se souvient pas de la présence de tel prof qui, dans sa jeunesse, lui a permis de grandir?

Non, les enseignants ne sont pas des faiseurs de miracles. Mais ils sont la pierre angulaire de l’éducation, ce puissant outil de réduction des inégalités. Un outil déterminant pour l’avenir d’une personne, de la société où elle vit.

L’éducation n’est pas non plus que programmes et diplômes. Elle révèle une conception de la société et dépend d’un ensemble de mesures, d’attitudes, de pratiques qui relèvent d’un milieu – parents, décideurs, organismes économiques et sociaux, communautaires et municipaux. À tous de jouer!

À lire aussi:
– La pénurie de main-d’oeuvre frappe durement la Commission scolaire de Sorel-Tracy
– Des employés à bout de souffle dans les écoles de la région
– Plusieurs cas de violence dénoncés par du personnel et des enseignants dans la région

image