11 juin 2019
Apprendre du Loup Rouge
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Triste histoire que cette faillite de la microbrasserie du Loup Rouge. Une entreprise qui avait fait la fierté des Sorelois, amateurs de nouvelles bières.

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Elle s’était notamment démarquée dans le monde croissant de son secteur par la qualité de certains des produits que son brasseur Jan-Philippe Barbeau avait concoctés et qui lui ont valu des honneurs lors de compétitions québécoises.

Malheureusement, le parcours de l’entreprise a été cahoteux. De sorte qu’en 12 ans, on a vu disparaître la coopérative de travailleurs qui l’avait fait naître six ans auparavant, en créant un pub où déguster la bière qu’on y brassait, tout en appréciant spectacles et rencontres diverses! Un lieu de retrouvailles entre mélomanes et gens solidaires d’initiatives sociales collectives!

L’absence du Loup Rouge au centre-ville s’est longtemps fait ressentir. Le pub contribuait à sa diversité culturelle tout en lui ajoutant un petit air de fierté régionale!

Après une première faillite, l’entreprise a changé de vocation et est devenue une microbrasserie, cherchant à conquérir le Québec. Elle a alors quitté le centre-ville pour s’installer rue Plante, reprenant du poil de la bête. On parlait alors de croissance. On l’a doté de nouveaux équipements qui devaient multiplier sa production. Mais une deuxième faillite l’assaille, qui met au grand jour des désaccords profonds entre l’homme d’affaires et mentor au CLD, Yves Bérard, et le fondateur et brasseur émérite Jan-Philippe Barbeau.

Visiblement les deux hommes sont à couteaux tirés, le premier accusant publiquement le second d’être à l’origine des difficultés de l’entreprise et le second, minimisant les faits rapportés, laissant sous-entendre avoir été évincé subrepticement de l’entreprise, il y a deux ans. L’affaire serait désormais entre les mains des avocats.

En voilà toute la tristesse! On est en présence de deux hommes vraisemblablement aux visées et façons de travailler incompatibles. Deux hommes qui ont pourtant eu ce même rêve de faire grandir le Loup Rouge.

Encore aujourd’hui, sur le site web de l’entreprise, le Loup Rouge met en priorité les valeurs qui l’animent : travail d’équipe, qualité du travail, bonne communication, appartenance à la région, autonomie. Des valeurs qui ponctuaient bien le quotidien de la coop de travailleurs le temps qu’elle a duré, mais qui, manifestement, n’ont pas grandement influencé celui de ses deux actionnaires ultérieurs.

Tous ceux qui s’associent pour développer ou faire grandir ensemble un projet – privé ou public, collectif ou personnel – peuvent en tirer une leçon : le défi que pose à des partenaires la destinée d’une entreprise est certes aussi celle d’arrimer deux visions, deux rythmes de travail, dans un même projet.

À moins d’y être très attentif, il est aussi compliqué d’assumer conjointement des risques sans s’attribuer à soi les succès et à l’autre les échecs. On ne l’a jamais vraiment enseigné à personne, que ce soit à la maison, à l’école, au loisir ou dans les sports. Pourtant, cette aventure est conjointe et ses résultats doivent être partagés.

Il ne devrait jamais y avoir de place pour l’amertume ou le blâme dans une défaite, déjà que l’échec n’est sûrement pas facile à avaler!

Reste à retenir que la région, comme ses gens, ne doivent pas conclure pour autant qu’on a tort d’oser des choses, d’innover, de plonger dans des initiatives qui portent leur lot de risques.

Mais terminer une association de la façon dont celle-ci se termine laisse l’impression à plusieurs que le monde des affaires est encore une jungle où il doit y avoir absolument un gagnant et un perdant, même dans la défaite. Et ce même si un vieil adage suggère que « It takes two to tango ». Non?

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