26 mai 2020
Affaire d’équité
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

Alors que le député Plamondon dit se réjouir de cette proposition du cabinet Trudeau – même si ce montant est fort loin du 110 $ par mois additionnel que son parti réclame – le citoyen Fafard le qualifie plutôt « d’orgie de dépenses qui ne sert qu’à la réélection de Trudeau avec notre argent. »

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Divergence d’autant surprenante que les deux hommes connaissent la région et les besoins de ses gens, tant via leur travail que leur engagement politique. Ils ne peuvent certes pas nier que la pauvreté y prévaut chez plusieurs. Ils diffèrent sur les moyens de la combattre.

M. Fafard aurait préconisé que cet argent soit versé aux organismes communautaires qui interviennent auprès des ainés et connaissent leurs besoins, plutôt qu’être distribué à tous peu importe leurs revenus. Ce qui aurait atténué la hausse du déficit. M. Plamondon pense que c’est précisément le rôle de l’État de subvenir directement à ces besoins.

On sait que 29 % de la population de la MRC de Pierre-De Saurel a 65 ans et plus (recensement de 2016), dont 11 575 disposaient d’un revenu dit minimal. Ces aînés dépendent donc de la SV et de la SRG pour vivre.

Il est vrai que certains ont pu constituer des régimes privés de retraite. Mais l’on sait bien que la majorité des retraités de 70 ans et plus ont souvent travaillé toute leur vie sans bénéficier d’un régime généreux de retraite, pas plus que de salaires suffisants pour alimenter un REER ou réaliser des placements rapportant intérêts et dividendes une fois leurs obligations financières et familiales rencontrées. Aujourd’hui, trop souvent, ils tirent le diable par la queue.

Aussi recevront-ils avec un certain soulagement ce 300 $ additionnel – quelque 6 $ par semaine! La Fédération de l’Âge d’or du Québec (FADOQ) qui les représente dénonce d’ailleurs la modestie de ce montant.

Selon elle, en moyenne une personne sur deux âgée de 65 ans et plus dispose d’un revenu annuel de moins de 20 000 $; 38 % – en majorité des femmes – ont besoin du Supplément de revenu garanti pour vivre. Trop souvent, elles se privent de changer de lunettes, d’appareils auditifs ou de faire réparer leurs dents. Et ce, au détriment de leur qualité de vie. Aussi ce 300$ – pas le Pérou – leur laisse un peu de jeu.

Car il est faux ce mythe qui laisse croire que les retraités sont tous gras dur financièrement. De fait, ils ne forment pas un groupe homogène. Leur parcours d’éducation, de vie et de travail a varié passablement. Certains ont connu plus de précarité que d’autres. Ils ont été plus affectés par les fluctuations de la vie, de la santé, des marchés et des emplois, les empêchant de mieux assurer leur avenir financier. Pourtant, ils ont fait œuvre utile, au travail, dans leur milieu.

Les gens vivent aussi plus longtemps. Leurs besoins changent au fil des âges. Il faut donc demeurer solidaires en tout temps, entre générations. La pandémie et ce qu’elle a révélé de la situation des aînés ne peut que nous inciter à réviser toutes nos positions, pas seulement sur la situation en centre d’hébergement, mais dans tous les milieux de vie.

Cela va bien au-delà de l’idéologie ou de la politique. Cela est affaire d’humanisme, de partage et d’équité sociale.

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