10 août 2020
Action collective: des riverains demandent à Ottawa de prendre ses responsabilités face à l’érosion des berges
Par: Deux Rives

Le député de Pierre-Boucher-Les Patriotes-Verchères Xavier Barsalou-Duval; la présidente du Comité pour la protection des berges du Saint-Laurent Micheline Lagarde; et l’avocat responsable du dossier Me Olivier Laurendeau Photo Geneviève Michaud - Le Courrier du Sud

Un texte de Geneviève Michaud, Le Courrier du Sud

Ayant à maintes reprises tenté, en vain, de sensibiliser Ottawa à l’érosion des berges causée par le transport maritime, des riverains de Varennes, Verchères et Contrecœur ont déposé une action collective à la Cour supérieure du Québec en janvier dernier. «Réparer les berges et les protéger, c’est un devoir du gouvernement fédéral pour en assurer la pérennité», a affirmé la présidente du Comité pour la protection des berges du Saint-Laurent Micheline Lagarde, en conférence de presse à Longueuil le 10 août.

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«Les citoyens ne sonnent plus l’alarme, ils appellent à l’aide, a ajouté Mme Lagarde. Des maisons sur le point d’être endommagées, des terrains minés; un stress qui rend les gens malades et menace de les ruiner tant les travaux sont dispendieux.» Et ce, sans compter l’impact pour la faune et la flore.

«Les dommages subis par les propriétaires riverains ne sont pas que de simples inconvénients, a poursuivi l’avocat qui mène l’action collective, Me Olivier Laurendeau, du cabinet Laurendeau Rasic. Il s’agit d’une véritable attaque contre leur propriété.»

Silence du gouvernement

Ce n’est évidemment pas la première fois que des riverains font connaître leur mécontentement à Ottawa face à l’érosion des berges. Dans les années 1960, beaucoup de résidents de Varennes avaient protesté contre la situation. Le gouvernement «semblait alors avoir reconnu sa responsabilité et avait construit des ouvrages de protection», explique Me Laurendeau.

Or, ces murets sont tous pour la plupart arrivés à la fin de leur vie utile.

«Chez moi, il n’y a plus de muret du tout, il est complètement effondré», a précisé Micheline Lagarde.

Et depuis 1997, la position du gouvernement fédéral est qu’il n’est pas responsable de l’érosion des berges, qui serait selon lui exclusivement causée par des phénomènes naturels comme le vent et les marées – «même si on a peu de marées dans le coin», a souligné le député de Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères Xavier Barsalou-Duval, sourire en coin.

«On est passé de la négligence au déni, a lancé le député. On ne peut même pas parler d’un dialogue de sourds parce qu’il n’y a pas de dialogue.»

Pour M. Barsalou-Duval, ce recours légal est donc la conséquence directe de la négligence et de l’inaction du gouvernement.

«Quand ça fait 20 ans que tu appelles à Ottawa et qu’il n’y a personne qui répond, je pense qu’à un moment donné, les gens ont raison d’être écœurés.»

Recours de 50 M$

Selon les informations recueillies à ce jour par le Comité pour la protection des berges du Saint-Laurent, environ 50% des terrains riverains de Varennes, Verchères et Contrecœur seraient touchés par l’érosion. Le montant réclamé dans le cadre du recours judiciaire pourrait ainsi atteindre 50 M$.

Me Laurendeau a en effet avancé que la reconstruction de murets de protection pourrait coûter plus ou moins 4000$ pour chaque mètre linéaire.

«On parle, pour la plupart des propriétés, de plusieurs centaines de milliers de dollars», a ajouté Xavier Barsalou-Duval.

Prochaines étapes

Le Comité espère que le dossier pourra être «mis sur les rails» dès septembre ou octobre, a indiqué Me Laurendeau.

Le tribunal devra trancher sur deux questions, a expliqué l’avocat.

«Premièrement, a-t-on raison de penser que des dommages considérables et intolérables affectent ces propriétés? Et ensuite, est-ce que le gouvernement fédéral peut se prévaloir d’une forme d’immunité face à un tel recours?»

Selon les informations et les recherches du Comité, les réponses à ces deux questions sont respectivement oui et non.

Quant à savoir si des riverains d’autres municipalités pourraient se joindre au recours, Micheline Lagarde a indiqué que la démarche du Comité pourrait «donner un coup d’envoi à d’autres recours».

«Nous avons déjà été contactés par des gens d’autres municipalités», a-t-elle ajouté.

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