27 octobre 2020
À Saint-Roch de jouer!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans les médias, dont 37 au journal Les 2 Rives, Louise Grégoire-Racicot écrit une chronique hebdomadaire à propos de sujets régionaux.

La saga de la champignonnière Champag a théoriquement pris fin, la semaine dernière, avec le refus des juges de la Cour suprême de réviser, à la demande de la municipalité de Saint-Roch-sur-Richelieu, le jugement de la Cour d’appel du Québec validant l’installation de l’entreprise dans sa zone agricole.

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En principe, la municipalité doit donc émettre cette semaine un permis de construction de l’installation où sera produit un substrat nécessaire à sa production de champignons.

Mais on est encore loin du début de l’implantation, le promoteur devant obtenir l’aval du ministère de l’Environnement pour procéder.

Déjà, la Cour a reconnu le caractère agricole de ce projet. Une perspective qui ne plait guère aux citoyens mobilisés depuis trois ans contre ce projet dont ils évoquaient les effets néfastes possibles sur l’environnement, leur qualité de vie et une dévaluation de leur propriété.

Sans doute avaient-ils aussi en tête la saga Conporec-Tracy des années 90 – ce centre aujourd’hui disparu de compostage de déchets domestiques – duquel émanait des odeurs nauséabondes incommodant ses voisins.

Pour que son projet soit désormais socialement acceptable, le promoteur – qui a déjà consenti des concessions importantes portant son projet à 26 M$ – aura fort à faire. Probablement plus que prévu au départ. Que fera-t-il pour acheter la paix?

Car visiblement, il tient à ce projet qui lui permettrait de décrocher une part plus importante du marché québécois des champignons. Et devenir autonome par rapport à ses fournisseurs ontariens de substrat. Un objectif répondant à celui du gouvernement Legault qui prône l’achat local et le développement québécois d’un secteur agroalimentaire fort.

La responsabilité de rétablir les ponts entre le promoteur et ses citoyens repose aussi sur les épaules du conseil municipal. Il a bataillé au meilleur de sa connaissance. Et a perdu sa cause. Maintenant, que fera-t-il? Réévaluera-t-il sa décision de refuser l’installation de Champag sur un premier site près de l’autoroute 30, dans un secteur moins habité et facilement accessible au trafic lourd? Une nuisance moindre pour ses citoyens.

Non, les entreprises n’ont pas tous les droits. Pas plus que les municipalités. Il leur sera toujours possible d’avoir recours aux tribunaux pour contrer leur incapacité à en venir à des ententes acceptables pour tous.

Même si chaque partie croit avoir raison, le recours à la justice fait nécessairement des gagnants et des perdants. Et à grands frais d’avocats. Des satisfaits et des mécontents qui auront peut-être à cohabiter. Paradoxalement, l’entreprise devient alors, contre la volonté de ses voisins, citoyenne à part entière de cette collectivité à laquelle elle versera d’importants impôts fonciers.

Même si Saint-Roch a reçu l’appui moral ou financier des municipalités voisines, c’est elle qui aura à gérer le quotidien de sa vie collective. Elle n’aura pas le choix de ramener le calme!

Chose certaine, cette malheureuse saga ne peut qu’inciter toutes les municipalités à véritablement définir comment elles comptent désormais favoriser le développement économique dans leur environnement immédiat. Quelles activités accueillir ou interdire sur leur territoire? Et comment inscrire ces éléments clairement dans leurs plans d’urbanisme et de zonage à remettre à jour plus souvent que maintenant?

Car ces plans ne se changent pas sur un coin de table, un soir de réunion. Ce faisant, les décideurs doivent se laisser guider par la raison et non par les émotions. Cela exigera de la réflexion. De la vision. De la consultation locale et régionale. Histoire de trouver ensemble comment assurer le meilleur développement durable possible de la région, en tout respect avec l’environnement et ses gens.

C’est cela prendre son destin en main et assurer sa pérennité. La principale responsabilité des élus!

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