Cancer: les pompiers sensibilisés à la décontamination


Publié le 14 février 2017

Les pompiers devront établir des protocoles de décontamination pendant et après un incendie.

©Photo TC Media - Pierre-Olivier Girard

INCENDIE. La Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) vient de lancer un guide des bonnes pratiques pour aider les services de sécurité incendie à mettre en place des mesures pour diminuer les risques de cancer chez les pompiers.

C'est évident que ça va changer la culture au sein des services. C'est certain que ça va avoir un impact majeur sur la santé de nos pompiers Pascal Gagnon

Depuis avril 2016, la CNESST a reconnu sept types de cancer comme étant des maladies professionnelles chez les pompiers. Exposés à plusieurs gaz, produits, particules, substances chimiques et toxiques, les pompiers peuvent facilement être contaminés, et ce, même lorsqu'une intervention est terminée.

L'élaboration de ce nouveau guide découle du Programme de santé sectoriel qui a été revu et mis à jour par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail. En plus d'évoluer dans le volet prévention, l'organisation s'occupe également du volet santé. «C'est un outil créé pour venir en aide au milieu pour la prise en charge des risques. C'était vraiment une demande du milieu. Le guide va servir à faire de la sensibilisation et intervenir à la source auprès des pompiers et des pompières du Québec», explique Pascal Gagnon, conseiller en prévention à l'Association paritaire pour la santé et la sécurité au travail, secteur affaires municipales (APSAM) qui a contribué à l'élaboration de ce guide.

Décontamination

Afin de réduire les risques de contracter des maladies professionnelles ou un cancer, les pompiers devront se tourner vers la décontamination. Par exemple, les habits de combat devront être nettoyés à l'eau et à la brosse sur les lieux de l'intervention tout comme plusieurs autres équipements.

«La santé et la sécurité doivent et devraient faire partie des opérations au quotidien depuis longtemps. Par contre, d'un point de vue très spécifique au niveau de l'entretien des habits de combat et des outils qui ont été exposés à des contaminants, de la fumée, des poussières ou à des gaz toxiques, c'est assez nouveau. Il y a eu une prise de conscience internationale en 2010 lorsqu'on a reconnu le métier de pompier comme étant un métier à haut risque de développer le cancer. À partir de là, plusieurs recherches scientifiques ont été faites pour essayer d'identifier les problématiques. Le gros changement au Québec sera de prendre le temps de se décontaminer et d'entretenir les habits de protection», affirme M. Gagnon.

Selon lui, les services incendie mettaient beaucoup d'efforts pour s'assurer que tous les équipements soient fonctionnels et sécuritaires, mais désormais un changement de culture s'impose en passant à un deuxième niveau, soit la décontamination de ces équipements.

«Ça va changer la culture et les façons de faire lors des opérations. Les pompiers devront prendre le temps de se décontaminer pour éviter  l'exposition aux contaminants, car la contamination peut être autant cutanée que respiratoire».

Pour faciliter la décontamination, plusieurs services incendie pourraient se munir de laveuses spécialisées à même les casernes. Certains directeurs iront même jusqu'à suggérer de nouvelles façons de faire aux pompiers, par exemple se laver les mains avant de manger sur les lieux de l'intervention, changer régulièrement sa cagoule et ses gants, ainsi que prendre une douche lors du retour en caserne. Selon l'APSAM,  les recommandations contenues dans le guide  de la CNESST sont aussi importantes dans les grandes villes que dans les plus petites municipalités où les pompiers sont à temps partiel ou volontaires.

Cancers reconnus chez les pompiers par la CNESST

Rein
Vessie
Larynx
Poumon (causé par l'amiante)
Poumon (autre cause)
Myélome multiple
Lymphome non hodgkinien
Mésothéliome pulmonaire

Saviez-vous que…

Une fois l'ensemble de l'équipement de travail d'un pompier revêtu – bottes, pantalon, manteau, casque, appareil de protection respiratoire, radio portative, lampe de poche, tuyaux et sac d'équipement –, celui-ci transporte sur lui une charge de plus de 100 livres (45 kilos).
En 20 minutes d'activité intense, un pompier peut perdre jusqu'à un litre d'eau et dépenser deux fois plus d'énergie qu'un marathonien.

Suivez Pier-Olivier Gagnon sur Twitter: @POGagnon