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Plus de la moitié des contrats en sonorisation octroyés à l’entreprise O’Tech

Ville de Sorel-Tracy


Publié le 10 octobre 2017

Stéphane Béland (à droite) déplore l’attribution de contrats au fils du maire de Sorel-Tracy Serge Péloquin (à gauche), soulevant un problème d’éthique et de transparence.

©Photo: TC Media – Archives

Depuis sa création, l’entreprise Productions O’Tech, appartenant au fils du maire de Sorel-Tracy Serge Péloquin, a obtenu 58% des contrats en sonorisation de gré à gré de la Ville de Sorel-Tracy.

Pendant plusieurs années, le maire Péloquin a opéré l’entreprise Boulevard Musique. À son entrée à la mairie en 2013, M. Péloquin a délaissé son entreprise et son fils, Olivier Péloquin, a fondé en janvier 2014 la sienne, Productions O’Tech, qui offre des services de sonorisation.

Plus de contrats

Selon les documents obtenus auprès de la Ville, cinq entreprises se sont partagé les contrats de sonorisation de 2009 à 2017 (voir tableau). L’entreprise du fils du maire a raflé 24 contrats sur 41, soit près de 58% des contrats octroyés de gré à gré par la Ville.

Un des compétiteurs et propriétaire de Steph Musik, Stéphane Béland, avait déploré en séance publique au printemps dernier l’attribution à Productions O’Tech de plusieurs contrats par la Ville.

Selon M. Béland, qui se présente comme conseiller municipal dans le quartier du Faubourg, le fils du maire utiliserait les locaux ainsi que les équipements de l’ancienne entreprise de son père tout en opérant au nom de Productions O’Tech, ce qui soulève une apparence de conflit d’intérêts.

« Tout le monde a le droit de vivre de son métier. Je n’ai rien contre Olivier Péloquin. Je crois que Productions O’Tech n’est qu’une coquille vide. On sait que les équipements sortent de là et personne ne dit rien. Il doit seulement s’afficher comme quelqu’un qui a pignon sur rue parce qu’actuellement, que ce soit O’Tech ou Boulevard Musique qui a le contrat, l’argent semble aller à la même place », souligne-t-il.

Il pense que pour éviter toute confusion, il aurait fallu que la Ville ne fasse affaire ni avec Boulevard Musique ni avec Olivier Péloquin.

« Les contrats de gré à gré sont envoyés directement à l’entreprise. Il pourrait faire des appels d’offres pour éviter le conflit d’intérêts. Si je suis élu en novembre, j’enlèverai mon nom de la liste de fournisseurs de la Ville », affirme Stéphane Béland.

Campagne de salissage

Appelé à commenter, Olivier Péloquin déplore les propos tenus à son endroit. Lors du lancement de son entreprise, il affirme avoir vérifié la légalité de son projet pour éviter justement le genre de situation dans lequel il se trouve présentement.

« On s’est assuré des règles pour ne pas nous faire prendre dans le détour. Je ne cours pas après les contrats et j’ai énormément travaillé dans mes devis pour être compétitif. J’offre une gamme de services que mes compétiteurs n’ont pas tout comme l’entretien de matériel en plus d’un bon service », explique-t-il.

Il se défend de faire l’objet de favoritisme en raison du poste de son père à la mairie. Cette histoire est, pense-t-il, une affaire politique.

« C’est un lien un peu facile de dire que j’obtiens les contrats seulement en raison de mon père. Je n’ai aucun passe-droit et c’est une insulte de dire que je me fais vivre par lui. Est-ce qu’il faudrait que je déménage pour travailler dans ma région parce que mon père est maire? C’est juste une grosse partie politique et je suis pogné dans le revers », croit M. Péloquin.

Compagnie

Montant avec les taxes

Nombre de contrats accordés

2009-2013

2014-2017

2009-2013

2014-2017

Boulevard Musique

84 191,99$

-

32

0

Steph Musik

2 000$

17 975,77$

1

5

Groupe Anim-Actions

6 450$

8 565$

3

5

Productions O’Tech

-

96 054,51$

0

24

Services techniques Simon Deschesnes

 

8 587,53$

0

7

Total

92 641,99$

131 182,81$

36

41

Ce qu’ils ont dit...

« Que Stéphane Béland dise qu’il a eu moins de contrats depuis mon arrivée en poste est totalement faux, c’est même le contraire. Concernant les équipements, il présume seulement des faits qui sont dans sa tête. Quand il y a une demande de prix, il y a un processus qui s’enclenche. Les employés municipaux suivent la politique de gestion contractuelle mise en place. On a vérifié la jurisprudence. Est-ce qu’on doit avantager O’Tech parce que son propriétaire est mon fils? Non. Est-ce qu’on doit la désavantager? Non plus. La raison pourquoi une entreprise est plus choisie qu’une autre, c’est que les gens cherchent avant tout un bon service, la disponibilité des dates et que les fournisseurs répondent aux demandes spécifiques » - le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin

« Les contrats ne se donnent pas sur le principe de demander des soumissions. On ne nous approche pas systématiquement. Cela amène une problématique en raison de la politique en place. Nous avons tous une gamme équivalente d’équipements et de services. La Ville semble choisir l’entreprise avec laquelle elle est la plus confortable par principe parce que ça va bien, sans aller voir plus loin. S’il y avait plus d’ouverture envers les autres compagnies, cela améliorerait grandement la variété des spectacles puisqu’il est difficile de proposer quelque chose de nouveau en choisissant toujours la même entreprise » - le propriétaire de Services Techniques, Simon Deschesnes
Quand un élu peut-il se mettre en conflit d’intérêts?
Selon le Guide d’accueil et de référence des élus municipaux du ministère des Affaires municipales et de l’occupation du territoire (MAMOT), il y a conflit d’intérêts lorsqu’un élu est placé dans une situation où il doit choisir entre ses intérêts personnels ou ceux de son entourage et l’intérêt public.